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« Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie »

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MessageSujet: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Lun 20 Mar - 0:47


L’on pourrait croire que peu de personnes prennent des rendez-vous chez le psy le dimanche matin, pendant l’heure de la messe. Et pourtant, certains préfèrent encore aller à l’hôpital qu’à l’Eglise. Ca me parait légitime : quitte à confier ses problèmes à quelqu’un, autant que ce soit à quelqu’un qui écoute. Je ne promets pas de faire de miracle, je ne marche pas encore sur l’eau et malheureusement, ne transforme pas l’eau en vin non plus, mais je promets d’avoir une oreille attentive, de ne pas juger et surtout, je ne damne personne à l’Enfer éternel, pas même pour quelques secondes.

Assis à mon bureau, je regarde l’horloge. Mon prochain rendez-vous ne va pas tarder. Il s’agit de Samuel Austen. Je sais que c’est Sasha qui m’a recommandé à lui, et je suis touché qu’elle me confie son frère. Je me demande si j’aurais fait pareil si Wade avait besoin d’une thérapie. Est-ce qu’il préférerait le faire avec un inconnu ? Je sais qu’il n’hésite jamais à se confier à moi, tout comme je n’hésite jamais à me confier à lui. Mais dans le cadre d’une vraie thérapie, n’est-il pas plus efficace de laisser quelqu’un d’autre s’en occuper ? J’ai tendance à penser que oui, mais d’un autre côté, j’ai un mal fou à m’imaginer recommander Wade à quelqu’un d’autre, pas même à quelqu’un en qui j’ai une confiance aveugle. Du coup, je me demande comment Sasha y est parvenue. Il faudra que je lui demande, à l’occasion.

Je fais rouler mon stylo, soudain distrait par un visage qui me balaie mes précédentes pensées. Ca arrive de temps en temps, comme ça, depuis que je l’ai rencontrée. Rien ne la rappelle à moi, dans cette pièce, ce matin, et pourtant, je me surprend à penser au sourire d’Ashley Wallace. Je me demande ce qu’elle est en train de faire, à l’instant présent. Je sais qu’elle aide à préparer, comme tous les dimanches, le barbecue familial dont elle m’a déjà parlé, mais je me demande quelle tâche elle est en train d’entreprendre. Est-elle concentrée ? Fredonne-t-elle une musique ? Rit-elle ? J’espère qu’elle rit.

Je lance un nouveau regard à mon horloge et me lève. "C'est l'heure", comme dirait Rafiki.

Comme à chaque fois que je rencontre un nouveau patient, j’ai une petite boule au ventre. Le premier rendez-vous est toujours un peu stressant. L’on ne sait jamais si le courant va passer, si tout ira bien, si l’on sera à la hauteur des espérances.

Un jeune homme est assis dans la salle d'attente. Je reconnais tout de suite les traits commun aux Austen que j’ai retrouvé chez Sasha et sa soeur, Lina, à qui je vais parler, de temps en temps, depuis que Rachel me l’a demandé. La première chose qui me frappe en le voyant est son air profondément sympathique. Il a l’air de rayonner. Ca promet d’être une heure fort intéressante.


« Samuel Austen ? », je lui dis en lui tendant la main et en l’invitant à entrer.

Je le conduis vers le fauteuil confortable et m’assoie en face de lui.


« Je suis le Dr Freddie Porter, mais tu peux m’appeler Freddie. », j’ajoute avec un sourire. « Que puis-je faire pour toi ? »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Lun 20 Mar - 21:37


« Salut, je m’appelle Sam. À l’école on m’appelait Sam Agace ou Sam Suffit mais Sam Faisaitpasplaisir. » Non ça va pas, c’est pas une réunion des Alcooliques Anonymes. Et puis c’est pas une raison pour picoler, d’avoir eu des surnoms niais donnés par des enfants peu inventifs. Faudra que je fasse attention à ce que ça n’arrive pas dans mon école. Je vais leur donner des cours de répartie, ouais, comme ça on sera tranquilles. Et puis il sait déjà comment je m’appelle, Sasha a dû lui dire. Elle lui a probablement pas dit « Il préfère vous dire son prénom lui-même. », j’aurais eu l’air bizarre. Mais je suis pas bizarre, je suis seulement pas normal, et ça c’est très bien. C’est grand, ici. Je m’attendais pas à ça. Je m’attendais à ce qu’il y ait du monde à qui parler et un poster avec un chaton qui dit « Accroche-toi. » mais je suis tout seul, ça me distrait pas de la petite boule que j’ai dans le ventre, comme avant d’aller chez le dentiste. Sauf que je lui confie pas mes dents, je vais lui confier ma tête. C’est dangereux, un psy. Ça a une sacrée responsabilité. Suffirait qu’il soit un peu mentaliste pour me faire penser ce qu’il veut, ou pour me reprogrammer. J’ai pas envie de finir avec un accent russe, je sais pas rouler les R. Il faut que je le déstabilise. Je vais lui dire que je sais jongler. Ça épate toujours les enfants. Mais c’est pas un enfant lui, normalement. Mordiable… Je ne sais plus interagir avec les adultes. C’est aussi pour ça que c'est une bonne idée de venir le voir. J’ai pas eu une vraie conversation avec quelqu’un en dehors de Ben ou de ma famille depuis des lustres. Il fait beau, ça me donne envie de courir. J’y ai pris goût. Je suis devenu comme ceux que je traitais de fous en les voyant courir pendant que je mangeais une glace à deux boules avec cornet gaufrette pour 2,40$. « Coucou, je suis le frère de Sasha. Avant je mangeais des glaces mais maintenant j’aime mieux courir. Par plaisir. Tu veux des guili-guili ? » J’ai terriblement besoin de parler à un adulte. J’adorais lui parler, à elle. J’aurais tellement aimé pouvoir aimer encore. J’ai tant à offrir, mais personne à qui le donner. Alors je stocke, j’emmagasine. Je suis du compost.

Je me demande à quoi il ressemble. Sasha ne l’a jamais décrit, mais ça crève les yeux qu’il lui plait, quand elle en parle. Elle a ce même air admirateur qu’a gardé Sherly depuis ses treize ans chaque fois qu’elle regarde Teddy. Même si maintenant, ses yeux sont devenus tristes. Mais Sasha l’admire, elle est en train de tomber pour son esprit, et c’est plus tenace que tout le reste. Parce qu’en fin de compte, il reste plus que la douceur et la gentillesse. J’ai hâte de savoir s’il le mérite ou si elle l’idéalise. Elle a même rougit, l’autre fois. Comme ça m’arrive parfois quand je vois cette pub  un peu olé-olé dans le métro, celle avec la mannequin et son sac à main. Et c’est pas olé-olé parce qu’il y a des vachettes et de la corrida. Est-ce qu’elle est dans un de ces magazines ? Elle y est ! Sacrebleu…  Je devrais refermer, j’ai pas le temps de niaiser, faut rester concentrer. Parler comme un adulte. Se sentir apte et fort et le moins rouge possible. Mais quand même, quelle bouche, et quel corps, faut admettre. Ça me donne envie de lui faire des pancakes. Pleins de pancakes. De lui apporter le matin pour qu’elle reste au lit le plus longtemps possible. De la voir sourire et de craquer entier, en partant du ventre, jusqu’à en perdre la tête. Puis la demander en mariage. L’entendre dire non. Demander pourquoi et qu’elle réponde qu’elle me ment depuis des semaines et que ça la rend malade. Qu’elle regrette, qu’elle est désolée, qu’elle supplie pour pas que je la déteste, parce que ça la tuerait. Qu’elle m’aime quand même et qu’elle sait pas quoi faire. Puis la laisser partir en la regardant trainer mille ans de souvenirs derrière elle, comme si elle avait fait tenir mon passé, mon présent et mon avenir dans ses valises. Ne plus savoir quoi faire de ma peau. Avoir mal tout le temps, à des endroits que je connaissais pas avant. Comprendre les chansons de Taylor Swift et détester tous ces cons qui lui ont brisé le cœur à cette pauvre petite. Puis me mettre à courir. Finalement il est pas terrible terrible ce magazine.

« Samuel Austen ? »

J’en étais sûr. Il connait mon nom ! Hinhin. Non, je savais que ce serait le Docteur Prince Charmant. Mais il faut que je pense à chercher un diplôme dans son bureau. Il est trop jeune pour travailler. C’est louche. Mais pas aussi louche que les mecs qui mettent des pulls sur leurs épaules.

« Bonjour. »

C’est très bien ça, comme mot d’adulte. Bien joué. Oh, il est Papa ! J’en suis sûr. Il a la poignée de mains des papas. Je les reconnaitrais entre toutes. Sasha n’en a jamais parlé. Il a l’air moins jeune, tout à coup. J’ai le mot sur le bout de la langue. C’est là, au coin de ses yeux. Ça va me venir. Il a l’air de faire encore plus beau quand on voit le monde depuis son bureau. Ou peut-être que c’est un tour qu’il joue à mon esprit. Alors ça y est… le lavage a commencé. Il va faire de moi sa chose. Oh, oui, que ce fauteuil est agréable. Même sur une seule fesse. Oui très bien. Il a dû coûter cher. Ce qu’il est gracieux, ce psy. Il est calme, il est cool, il est calool. On dirait qu’on a tout le temps du monde. Est-ce que c’est à moi de parler ? Je sais pas quoi dire. Non, il ouvre la bouche, c’est à son tour.

« Je suis le Dr Freddie Porter, mais tu peux m’appeler Freddie. »


Est-ce que c’est un diminutif ? Est-ce qu’il s’appelle Frederic ? Parce que j’aimerais bien l’appeler Fred. Mais il m’a pas donné le feu vert. Merdaille. J’aurais préféré Fred, mais ça viendra peut-être. C’est probablement un peu prématuré. Faut que j’arrête de sourire. Mais j’arrête quasiment jamais de sourire. Je suis pas censé être content d’être en thérapie. Il va croire que je prends mon pied. C’est quoi le mot qu’il m’inspire, déjà ? Allez, Sam, allez.

« Que puis-je faire pour toi ? »

J’aurais peut-être pas dû me parfumer. Il va trouver ça bizarre. Comme si je m’étais parfumé pour lui. Peut-être que si je m’adosse bien, il ne sentira pas, j’serai trop loin. Mais j’aurais l’air malpoli. Voilà. Comme ça. Droit mais pas trop. Faut pas qu’il y ait de courants d’air, c’est tout. Par contre mes cheveux sont dans un super jour. J’espère qu’il se dit pas que c’est pour lui non plus. Je sais que je suis pas venu jouer à touche pipi. Je me demande s’il a un garçon ou une fille. Y a un cadre sur le bureau, ça doit être une photo de son petit bout. Enfin son enfant, bien sûr, pas sa biroute. Chiure. Je crois que j’ai regardé son entrejambe. Très jolies chaussures. Voilà. Comme ça j’ai juste l’air de le détailler de la tête aux pieds. Que peut-il faire pour moi, déjà ? Pffou… Heureusement que j’ai bonne haleine. J’ai failli sursauter en haussant les sourcils. Faut que je me détende. Tant pis, je continue à sourire.

« Mmh… J’imagine que Sasha vous a un peu parlé de moi. J’enseigne dans une école primaire, c’est ma passion – vraiment – je vis pour ça, c’est tout ce que j’ai toujours voulu faire. Je me sens utile et privilégié. Aucun jour ne ressemble au précédent, mes gamins sont pleins d’esprit, pleins de surprise. Ils sont tellement drôles et intelligents, un rien les stimule. Ils sont juste au-dessus de la petite enfance et grandir les remplie de curiosité et de fougue, ils ont tellement hâte de passer au reste, d’épater les autres… Je crois que ce que j’essaie de dire, c’est que j’ai une raison de me lever le matin. Mais… ? »

J’étais parti loin. Wah. J’étais dans ma classe, avec eux, et c’est quoi cette expression sur mon visage ? Je dois avoir l’ai gaga de mes mômes. Tant mieux, après tout, je le suis. J’ai l’impression que ma bouche est une cave. Qu’elle est vide. J’en ai fait sortir tant de vie et d’émerveillement, et la suite parait si froide que je m’en retrouve muet, une seconde. Fred qu’on appellera Freddie m’écoute attentivement. Il a l’air si… c’est quoi le mot parfait pour lui ? Ça me revient pas. Mais… je disais. Il m’encourage à continuer. Sans rien dire, sans même bouger vraiment. Il se passe quelque chose sur son visage, dans sa gestuelle tranquille, qui me le laisse comprendre. Alors d’accord. On y est.

« Mais, le soir ? Je sais pas. Je me sens seul. Et je m’en veux de me sentir comme ça, parce que j’ai une famille qui m’aime et des amis dont je ne saurais jamais me passer. Je sais que je suis entouré. Je sais qu’ils tiennent à moi. Mais l’idée d’aller me coucher dans ce grand lit me remplit de… je crois qu’on pourrait appeler ça de la mélancolie. Je repousse toujours le moment de laisser Sasha pour aller dormir. Elle est venue habiter avec moi pour pouvoir travailler avec vous, vous le saviez ? Ça me tue qu’elle sache que je ressens tout ça – et je sais qu’elle le perçoit, elle a un don – parce que j’ai peur qu’elle se dise qu’elle suffit pas. Mais j’ai un trou, juste ici, où se trouvait autrefois son prénom. Et il s’agrandit chaque fois que je m’allonge sur notre lit dans le noir. Il s’agrandit jusqu’à ce qu’il me dépasse et parfois, rarement, je me prends à espérer qu’il me mange, pour plus ressentir ce manque. »

Je suis pathétique, non ? Je m’en veux tellement de penser des choses pareilles. J’ai pas envie de m’en aller. J’ai pas envie de plus être là, je veux juste arrêter d’éprouver tout ça. Je me sens si faible, sans elle. Si niais, quand je suis dans mon mélodrame. Alors qu’il y a des millions de mecs de mon âge qui vivent des horreurs tous les jours. Y en a peut-être même un qui marche en ce moment précis sur un Lego. Le pauvre.

« Mais je suis pas déprimé, hein. Je sais que ça ira mieux, mais je trouve que ça traine un peu trop. Pour répondre à votre question : j’espère que vous pouvez m’aider à aller dans la bonne direction, parce que vous me regarderez pas avec les yeux de l’amitié ou de l’amour, et qu’il vous sera plus facile d’avoir un avis impartial. Cela dit, je peux me tromper, parce que je ressens comme une petite étincelle, entre nous. Hein ? Avec votre regard de coquinou. »

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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Mar 21 Mar - 23:31


A partir de maintenant, je mets de côté toutes distractions - Même Ashley - pour ne me concentrer que sur la personne que j’ai en face de moi. J’observe Samuel. Pour le moment, mes observations ne sont que conjectures, ne pouvant encore me baser que sur l’extérieur. Mais s’il suffisait de regarder quelqu’un pour le comprendre, je serais à court de travail en un temps record. Et c’est pas faute d’essayer. Regarder les réactions des gens, leur mimiques, leurs gestes, leur tics… Ca me fascine. Il y a tellement de caractère dans la façon de poser sa main d’une façon, ou de pencher la tête d’une autre. Tellement de chose peuvent être dite par un visage, même avec un regard sans expression. Je trouve ça incroyable, ce pouvoir que notre esprit a sur notre corps, sans que notre conscience n’y prenne garde. Ce que je vois chez Samuel, pour le moment, c’est qu’il est nerveux mais qu’il le cache bien. Comme quelqu’un qui a l’habitude de se représenter devant un public. Il travaille son image sans avoir l’air superficiel, donnant de l’importance à l’impression qu’il renvoie, sans pour autant qu’elle ne le définisse. Oh il a l’air de bien aimé mon fauteuil, même s’il se comporte un peu comme s’il avait peur qu’il soit piégé. Et, quand il m’a vu, j’ai également retrouvé la même mini-pointe de scepticisme que je retrouve chez tous les gens qui voudraient m’appeler « Fiston », plutôt que « Docteur », même quand ils sont plus jeunes que moi. Mais j’ai peut-être tout faux.

Il souffle, comme si je lui posais une colle. C’est loin d’être une réaction rare, même pour les gens qui viennent d’eux-mêmes. On croit que le plus dur, c’est d’admettre que l’on a besoin de parler. Mais à peine relève-t-on ce défi qu’une nouvelle difficulté fait son apparition : savoir comment parler. Quels mots mettre sur le mal qui nous ronge, comment le décrire afin qu’on puisse le faire comprendre, mais surtout, dans un premier temps, pour qu’on puisse le comprendre nous-même. Il arrive parfois qu’on ne prenne pas la mesure de l’impact qu’un événement a sur nous. Et par conséquent, on ne se rend pas compte de la profondeur du cratère. L’on sait juste qu’on en a un, et qu’une part de nous s’en échappe. Et c’est quand on commence à se rendre compte de ce qu’il se passe dans notre tête que l’on commence à vraiment comprendre comment se soigner et parfois même, guérir.

« Mmh… J’imagine que Sasha vous a un peu parlé de moi. J’enseigne dans une école primaire, c’est ma passion – vraiment – je vis pour ça, c’est tout ce que j’ai toujours voulu faire. » Ca se voit. Il n’a même pas besoin d’essayer de me convaincre, son visage parle pour lui. « Je me sens utile et privilégié. Aucun jour ne ressemble au précédent, mes gamins sont pleins d’esprit, pleins de surprise. Ils sont tellement drôles et intelligents, un rien les stimule. Ils sont juste au-dessus de la petite enfance et grandir les remplie de curiosité et de fougue, ils ont tellement hâte de passer au reste, d’épater les autres… Je crois que ce que j’essaie de dire, c’est que j’ai une raison de me lever le matin. »

Ca me fait plaisir de savoir qu’il vit ça. Peu de gens peuvent se vanter d’aimer leur travail, d’avoir envie d’y aller, d’avoir l’impression de recevoir autant qu’ils donnent. Beaucoup font ce qu’ils font parce qu’ils le doivent, et ne peuvent ou ne veulent pas suivre leur rêve, de peur d’avoir à sacrifier quelque chose de plus important pour eux que leur bonheur. Pour certains, c’est le bien-être de leur famille, pour d’autres, la validation sociale, pour d’autres encore, le toit au dessus de leur tête… Il est rare que les gens qui entrent dans mon bureau se sentent épanouis dans ce qu’ils font. La plupart ignore même ce qui les rendrait heureux.

« Mais… ? »

Il s’arrête, parce qu’on en arrive à la raison pour laquelle il est là. A ce qu’il a besoin de dire. Je ne dis rien, le regarde simplement, l’invitant ainsi à combler le silence de lui-même. Il le fera, car son “Mais” ressemblait presqu’à une demande de permission. Pas adressée à moi, cependant. Elle avait plus l’air adressée à lui-même. Comme s’il se demandait s’il était normal, autorisé, même, que malgré le fait qu’il soit épanoui, il puisse y avoir un “Mais”.

« Mais, le soir ? Je sais pas. Je me sens seul. Et je m’en veux de me sentir comme ça, parce que j’ai une famille qui m’aime et des amis dont je ne saurais jamais me passer. Je sais que je suis entouré. Je sais qu’ils tiennent à moi. Mais l’idée d’aller me coucher dans ce grand lit me remplit de… je crois qu’on pourrait appeler ça de la mélancolie. Je repousse toujours le moment de laisser Sasha pour aller dormir. Elle est venue habiter avec moi pour pouvoir travailler avec vous, vous le saviez ? Ça me tue qu’elle sache que je ressens tout ça – et je sais qu’elle le perçoit, elle a un don – parce que j’ai peur qu’elle se dise qu’elle suffit pas. Mais j’ai un trou, juste ici, où se trouvait autrefois son prénom. Et il s’agrandit chaque fois que je m’allonge sur notre lit dans le noir. Il s’agrandit jusqu’à ce qu’il me dépasse et parfois, rarement, je me prends à espérer qu’il me mange, pour plus ressentir ce manque. »

Une rupture, donc. En l’entendant parler, j’ai eu comme un flash. Je me suis souvenu de Wade, après cette nuit où il a perdu Gloria. Il avait Gem, il m’avait moi, mais ce n’était pas pareil, je voyais le vide dans son âme à travers son regard, là où Gloria avait résidé pendant tant d’années. Lui aussi se sentait seul. Malgré tout, malgré nous. Cependant, j’ai rapidement relégué ce souvenir dans un arrière-plan de mon esprit, car Wade n’est pas le jeune homme en face de moi. Leur peine est similaire, mais elle n’est pas la même. Chacun réagit à la perte de manière unique. Chacun s’en relève de manière différente. Il serait très malvenu de ma part de comparer leurs deux expériences en disant que c’est la même chose parce qu’ils ressentent tous les deux le manque d’une femme.

Et je comprends du coup pourquoi Sasha ne pouvait pas le traiter. Il est logique que dans un instant de faiblesse, une personne préfère se tourner vers quelqu’un d’autre que sa famille, afin de la protéger. Surtout sachant que la vocation de Samuel est de former, mais surtout de guider des enfants. Sasha m’a dit qu’il était également l’aîné de la famille, il a donc l’habitude de jouer un rôle de modèle. Il doit certainement se sentir investi de la mission d’être celui sur qui ses petites soeurs peuvent compter, émotionnellement. Il ressent sûrement le besoin de se montrer stable même quand ses fondations s’ébranlent, afin que les membres de sa famille ne se sentent pas impuissants parce qu’ils ne parviennent pas à arrêter le séisme. Parce que personne ne le peut, à part lui et le temps. Et des circonstances favorables. Et parfois, une bonne thérapie.

« Mais je suis pas déprimé, hein. Je sais que ça ira mieux, mais je trouve que ça traine un peu trop. Pour répondre à votre question : j’espère que vous pouvez m’aider à aller dans la bonne direction, parce que vous me regarderez pas avec les yeux de l’amitié ou de l’amour, et qu’il vous sera plus facile d’avoir un avis impartial. Cela dit, je peux me tromper, parce que je ressens comme une petite étincelle, entre nous. Hein ? Avec votre regard de coquinou. »

J’m’y attendais pas. Du coup, j’ai éclaté d’un rire surpris et enchanté. Le plus beau, c’est qu’il n’a pas l’air d’avoir essayé d’utiliser son humour dans un effort conscient pour détendre l’atmosphère, il l’a fait naturellement, comme s’il s’agissait tout simplement de la suite logique de ses pensées. Il n’a pas cherché à détourner l’attention sur tout le sérieux de ce qu’il vient de dire. Et c’est assez rare pour être noté. Je lui souris.


« Je suis démasqué. Et tiens, quitte à abattre le peu de distance qu’il reste entre nous, je te propose de me tutoyer. Je te promets d’essayer de ne pas trop trop m’exciter, si tu le fais. »

Je change de position pour m’installer un peu plus confortablement. Maintenant que le plus dur pour lui est passé et que j’ai une idée de sa présence ici, je sens que l’on peut tout les deux commencer à se détendre. Il m’a déjà confié quelque chose qu’il ne veut pas confier à sa famille et par conséquent, un lien de confiance a déjà commencé à se former, entre nous. Ce n’est pas toujours aussi évident, mais ça ne veut pas dire que ce sera simple. Ceci dit, qu’il a l’air d’avoir compris que mon rôle n’allait pas être de lui guérir de sa solitude, mais effectivement, de l’aider à trouver la voie de la guérison par lui-même.


« Ceci dit, si ce que tu recherches, c’est un avis impartial, tu devrais être servi. Je ne te promets pas de ne pas m’attacher à toi, ça a l’air compliqué et je m’attache même à mes fauteuils. Je suis comme un petit chiot, sur ce plan-là. Mais tu pourras parler sans que je ne juge. Je ne te dirai pas toujours ce que tu veux entendre, et peut-être, peut-être, que tu t’énerveras, des fois. Et si tu le fais, c’est très bien aussi. Tu peux te lâcher, c’est une zone sûre. Tout ce qu’il se passe ici ne quitte pas cette pièce… Sauf si tu le racontes à quelqu’un. »

J’ai un peu l’impression d’être une hôtesse de l’air en pleine démonstration, avant le décollage, quand elles font les gestes de poms poms girls avec l’air de mourir un peu plus à l’intérieur à chaque fois qu’elles le font. Mais c’est nécessaire, pour qu’il sache dans quoi il s’engage. Et puis, je le pense.


« Tu m'as parlé d'une fille. Qu'est ce que tu peux me dire sur elle ? »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Jeu 23 Mar - 0:18


J’aurais pas dû dire ça. J’aurais pas dû dire ça. Mais dans l’ensemble, c’était pas trop mal. Ça aurait pu être pire. J’aurais pu me lever et lui faire quelques guili. Je me sens déjà mieux. J’ai un excellent feeling. Il est celui qu’il me faut, Sasha avait raison. Il m’écoute pas seulement, il m’entend. Je pensais que dire ces choses tout haut me délesterait d’un poids, mais il reste attaché encore un peu. Parce que ça suffit pas de l’avouer, j’ai aussi besoin qu’on me dise que ça va pas me tuer. Que ça arrive aussi aux autres. Que je ne suis pas qu’une vilaine drama queen qui sait pas se remettre d’une petite griffure. Même si la mienne est dans le dos, que j’arrive pas à l’atteindre pour la désinfecter et qu’elle a probablement dû s’agrandir, depuis le temps. Parce qu’elle pique encore, et qu’elle a l’air de creuser jusqu’à atteindre mes organes, là-dedans.

Ça me rassure qu’il le prenne bien. Y a quelque chose de délicieux dans son rire. Il est musical. Et sincère. Ça s’accorde avec tout le reste. Il a l’air encore plus jeune quand il rit. Mais ça enlève pas la noblesse sur son visage. Ça ne l’empêche pas de toujours avoir l’air aussi serein. Il est tellement sage. Sage, bouse ! C’était ça, Frederic Porter est sage. Ça crève les yeux, la panse et tout le reste. Ça se voit comme la pomme d’Adam d’une jolie Thaïlandaise.

« Je suis démasqué. Et tiens, quitte à abattre le peu de distance qu’il reste entre nous, je te propose de me tutoyer. Je te promets d’essayer de ne pas trop trop m’exciter, si tu le fais. »

Il est parfait. Je vais pas y arriver, mais il est parfait. Ça ferait réagir Ben. Il s’agacerait. Un inconnu qui veut qu’on le tutoie, mais on est où, dans une partouze ? Mais c’est plus un étranger, c’est Freddie slash Fred Porter, le Docteur qui va m’aider à me passer d’elle. Sauf qu’on tutoie pas les gens qu’on paie. Je le vois, contre le mur, immobile dans son costume impeccable. Je l’imagine là, sans émotion. Il m’oblige à peser le pour et le contre. « Ce n’est pas ton ami. » je l’entends dire. « Fais-le rire tant que tu veux, il te rendra pas ton argent quand sa petite montre sonnera la fin de ta session. » Diantre. J’ai l’impression d’avoir un inspecteur dans ma classe. Je me sens épié dans mes moindres faits et gestes, jugé et disséqué sans pudeur. Mais j’ai envie de lui dire "tu". Je m’imagine le faire, et ça me plait d’avance. Ça parait naturel. Et puis c’est lui qui demande. « Pas de familiarité. » tranche Ben, sans appel. Mais ce pont, je l’ai traversé y a un moment. Il est même plus dans le rétroviseur. Et ça n’enlève rien à la bienséance. Ça diminue pas le respect, ni la qualité de nos échanges. Ou alors je peux éviter les "tu" et les "vous" le plus longtemps possible. Ouais. Ça c’est bien. « C'est lâche. » dit Ben et son étiquette irréprochable. Et peut-être. Mais n’empêche, c’est quand même bien.

« Ceci dit, si ce que tu recherches, c’est un avis impartial, tu devrais être servi. Je ne te promets pas de ne pas m’attacher à toi, ça a l’air compliqué et je m’attache même à mes fauteuils. Je suis comme un petit chiot, sur ce plan-là. Mais tu pourras parler sans que je ne juge. Je ne te dirai pas toujours ce que tu veux entendre, et peut-être, peut-être, que tu t’énerveras, des fois. Et si tu le fais, c’est très bien aussi. Tu peux te lâcher, c’est une zone sûre. Tout ce qu’il se passe ici ne quitte pas cette pièce… Sauf si tu le racontes à quelqu’un. »

J’ai comme un flashback sur toutes mes rentrées d’école. Je m’entends à travers lui, répéter tout un tas de consignes. Rappeler à mes mômes ce que j’attends d’eux, ce qu’on va faire, ce qu’il va se passer maintenant pour les rassurer, surtout quand ils changent d’environnement. Sa voix est si reposante. Est-ce qu’il y en a qui s’endorment, pendant ces sessions ? Avec ce fauteuil, ça m’étonnerait pas. L’entendre dire qu’il me jugera pas excite ma paranoïa. Je pensais que c’était implicite. Pourquoi il précise ? Je savais que j’aurais pas dû tout lui dire d’un coup. Merdaille. J’y suis allé trop vite. J’ai du mal à l’imaginer m’énerver. J’y arrive pas, même en poussant mon imagination. Il sait que je vais tout raconter à Sasha. Il le sait, il l’a dit exprès. Je suis prévisible. J’en étais sûr. Du coup je m’imagine me lever et hurler de toutes mes forces, juste pour montrer que je ne le suis pas. Je suis hyper spontané. Tellement, qu’on m’appellerait DJ Savage Sam.

Il pense qu’il va s’attacher à moi. Comme à un meuble. Mais il va essayer de pas le faire, parce que Ben a raison, ça se fait pas. Il faut garder une distance avec les gens qu’on emploie. Sauf que c’est une thérapie, pas un contrat. Ça déroge, non ? « Non. » j’entends.

« Tu m'as parlé d'une fille. Qu'est-ce que tu peux me dire sur elle ? »

Je l’aime. Baste ! Il faut que j’arrête de me le dire. Et ça arrêtera peut-être d’être vrai. Comme je la hais ! Elle tire encore sur mon cœur, comme si elle était encore là à me toucher, à malaxer ma chair, mes rêves et mon sang pour ensuite boire le mélange. Pour me garder dans son ventre. J’aimerais aller de dix ans en avance. Je voudrais me retrouver serein, j’aimerais bien penser à elle sans amertume, sans peine et sans regret. Mais. Ouais. Fichtre de tête de bœuf. Je me dis surtout que dans dix ans, je nous vois ensemble.

« On a vécu ensemble un peu moins de six ans. Ça me parait moins long…  mais non, c’était presque six ans. Hum. C’est dur de le dire, non ? C’est étrange. J’ai répété cette partie, pourtant. Je me suis dit que ça irait, c’était pas comme si ça allait aggraver les choses, mais quand j’en parle j’ai l’impression d’être une grand-mère qui s’est fait molester par une autre grand-mère et qui ose plus trop aller jouer à la belote maintenant. J’ai toujours peur de me rendre compte que ça sonnera bien moins grave que ce que je pensais, et d’avoir fait perdre du temps à tout le monde. Non allez je me lance : on était bien ensemble. Elle arrêtait pas de le répéter, quand elle s’en allait. Qu’il y avait rien qui pouvait expliquer ce qu’elle a fait, parce que tout était parfait entre nous. Mais ça ne l’a pas empêché de me tromper. Je l’ai dit. C’est dehors, c’est sorti. »

Pfiou ! C’est comme accoucher, non ? Ça fait pas bien plaisir, mais on est soulagé une fois que c’est fait. Non ça c’est plutôt vomir, en fait. Plutôt comme arracher un pansement, alors. Sauf que j’avais pas peur que ça me fasse mal, mais plutôt que ça ne fasse rien et d’avoir l’air de me plaindre pour peu de choses. Je suis pas le premier. Ni le dernier. Mais ça rend pas la douleur moins légitime, si ? Je dois avoir l’air tellement con, à dire que j’ai rien vu venir. Qu’on filait le parfait amour. Parce que si c’était le cas, il doit être en train de se dire, elle serait jamais partie. Elle en aurait pas choisi un autre. Ce genre de choses n’arrive pas aux gens qui s’aiment. Je dois le mériter. J’ai dû fauter d’abord. Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Qu’est-ce que je vois pas ? Quelque chose d’immense m’échappe.

Je trouve du réconfort sur le visage intéressé de Freddie Porter. Il est tellement bon. Il est si doux. Ça se voit qu’il fait pas semblant. Ou bien c’est le meilleur comédien au monde. Il ne me prend pas de haut, il ne juge pas, il n’a pas l’air de trouver mes petites détresses amusantes. Mais il me regarde pas non plus comme si un cancer était en train de me ronger le cerveau. Il est en plein entre les deux. Mesuré. Compatissant sans s’apitoyer. Ça me donne envie de toucher sa main et de la caresser un chouïa. De le prendre dans mes bras. Et même de continuer un peu.

« Depuis qu’elle est partie, je suis passé par plusieurs stades. La stupeur et  les tremblements c’est bon, c’est fini, le déni aussi. Mais c’est surtout de la phase « Toutes des garces ! » dont j’aimerais bien me débarrasser maintenant. »

Ça devient handicapant, cette histoire. Je me méfie de toutes les femmes. De celles qui me vendent des trucs, de celles qui m’en servent d’autres. De celles que je croise, de celles qui me sourient sans raison mais qui ont très clairement le désir démoniaque de faire un ravage de ma peau ou ce qu’il en reste. Je n’ai plus confiance en personne et plus le temps passe, moins j’ai l’espoir de voir cette habitude disparaitre. Elles m’en veulent. Alors d’accord elles ont l’air douces et gentilles au premier abord mais attendez un peu pour voir. Ces harpies prennent, déplacent et changent tout jusqu’à que vous preniez goût au nouveau décor puis y mettent le feu pour la gloire de Satan en dépeçant des petits animaux innocents.

« Alors à votre avis, sur une échelle de 1 à 10, est-ce que je vais m’en sortir ? »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Sam 25 Mar - 5:35


Il a un petit tic au moment où je pose la question. Rien qu’un court instant, une fraction de seconde sa paupière a tremblé et il s’est raidi, très furtivement, comme s’il s’armait pour recevoir un coup imaginaire. Il n’a pas bougé, mais cette réaction suffit. Il n’est pas triste quand on l’évoque, il est blessé. En colère, même peut-être. Il ne l’a pas seulement perdu. Elle lui a brisé le coeur. Est-ce qu’elle l’a quitté ? Est-ce qu’il se sont disputés ? Est-ce qu’elle l’a rejeté ? Trompé ? Humilié ? Ca peut-être toutes ses choses à la fois, mais il est clair que quoiqu’il se soit passé, elle a fait quelque chose qui le hante. Qui le traumatise. Et je me demande s’il arrivera à me dire ce qu’il s’est passé. Il a l’air ouvert, mais d’un autre côté ce tic me fait penser qu’il n’arrive pas encore à exprimer à haute voix tout ce qui la concerne, les concerne. Il va sans doute essayer, cependant, parce qu’il veut aller vers la guérison.

« On a vécu ensemble un peu moins de six ans. Ça me parait moins long…  mais non, c’était presque six ans. Hum. C’est dur de le dire, non ? C’est étrange. J’ai répété cette partie, pourtant. Je me suis dit que ça irait, c’était pas comme si ça allait aggraver les choses, mais quand j’en parle j’ai l’impression d’être une grand-mère qui s’est fait molester par une autre grand-mère et qui ose plus trop aller jouer à la belote maintenant. J’ai toujours peur de me rendre compte que ça sonnera bien moins grave que ce que je pensais, et d’avoir fait perdre du temps à tout le monde. Non allez je me lance : on était bien ensemble. Elle arrêtait pas de le répéter, quand elle s’en allait. Qu’il y avait rien qui pouvait expliquer ce qu’elle a fait, parce que tout était parfait entre nous. Mais ça ne l’a pas empêché de me tromper. Je l’ai dit. C’est dehors, c’est sorti. »

Il y a beaucoup d’émotions, dans son ton, pendant son récit. Il était bien trop occupé à essayer de dire ce qu’il avait à dire pour s’en soucier et pour cacher ce que chacune d’entre elles signifiait pour lui. Il y a d’abord eu de l’amertume quand il a jugé important de signaler le nombre d’années. Parce que c’est le nombre d’années pendant lequel il a cru à cette histoire. Puis de l’embarras face à son incapacité à revenir sur ce moment de sa vie. Il a honte d’avoir l’impression d’être faible. Il y a de la culpabilité aussi, dans sa crainte de dramatiser un épisode que le reste du monde pourrait trouver bénin. De la nostalgie, quand il se repasse les bons moments, Puis le choc, la douleur et le dégoût, quand il finit par réussir à dire ce qu’elle a fait. Elle l’a trompé et a trahi sa confiance. La confiance en les autres est la base de nos relations avec eux. C’est offrir quelque chose de précieux et accepter de dépendre de cette personne. Ce n’est pas quelque chose d’anodin. C’est croire. Croire en la personne, croire qu’il ou elle saura se montrer digne d’avoir ce cadeau de valeur. Sans confiance, il n’y a pas de réel attachement. Mais quand la personne dont on est le plus dépendant trahit cette confiance, lorsque l’on a l’impression d’avoir cru en une chimère, quelque chose se brise. Donc mon travail va être de devoir l’aider à reconstruire cette confiance en les autres. Tout ça se sent dans la précipitation qu’il a eu à vouloir l’expliquer, la difficulté qu’il a eu en cognant sur certains mots et le soulagement ressenti quand il a finalement réussi à le dire.

« Depuis qu’elle est partie, je suis passé par plusieurs stades. La stupeur et  les tremblements c’est bon, c’est fini, le déni aussi. Mais c’est surtout de la phase « Toutes des garces ! » dont j’aimerais bien me débarrasser maintenant. »

Dire que Samuel est blessé dans son orgueil serait minimiser l’impact que cette femme a eu sur lui. Il y avait de l’espoir, dans les six ans qu’ils ont partagé et cet espoir s’est envolé. Si je ne me trompe pas, Samuel est perdu sans l’Espoir, l’Amour et l’Idée de bonheur qu'il avait construit avec elle et qui se sont évanoui en même temps que sa confiance. Il a l’air résolument romantique. Et qu’est-ce qu’un romantique qui ne sait plus aimer ?

“Comme Ashley”, je me dis, un peu surpris de penser à elle maintenant. Mais s’il est est vrai que leur histoire est différente, leur réaction l’est un tout petit peu moins. Il y a du doute, dans les deux cas et cette notion de romantisme brisé sur l’autel de l’abandon et la confiance piétinée. La plus grosse différence, c’est que Sam doute des autres femmes tandis qu’Ashley doute d’elle-même. Encore une fois, chaque personne est différente, malgré les similitudes, je mets donc de côté son image.

« Alors à votre avis, sur une échelle de 1 à 10, est-ce que je vais m’en sortir ? »


Et juste comme ça, Sam la ramène à mon esprit. Je ne peux m’empêcher de ressentir de la stupeur amusée face à cette formulation, qu’elle utilise aussi de cette manière que je pensais unique. J’en viens à me demander s’ils se connaissent, et ça m’embêterait, puisqu’il est dans une phase où pour lui les femmes sont toutes des vipères. Et Ashley est tout le contraire. Non, je décide de croire que c’est une coïncidence. Mais s’il dit “Nom d’une patate”, je serai fixé.

Je me reconcentre, car Samuel a besoin de moi. Je me concentrerai sur Ashley ce soir, pendant notre rendez-vous.


« A priori, je dirais que oui, puisque tu essaies. Mais la confiance brisée est quelque chose de délicat à réparer. Ca peut prendre du temps. Il faut aussi savoir que, comme toutes les blessures, celle-ci laissera sans aucun doute une cicatrice. Rien qui ne devrait t’empêcher de faire de nouveau confiance aux femmes, mais tu feras probablement preuve d’une certaine prudence, je dirais. Ce qui n’est pas un mal, si elle est bien dosée. Et l’on fera en sorte qu’elle le soit. », j’avoue avec un sourire bienveillant.

Car douter de tout, tout le temps, pourrait être aussi fatiguant que contre-productif. Autant pour lui que pour l’autre personne.


« Peux tu me raconter comment tu as appris qu’elle te trompait, s’il te plait ? Ca aiderait aussi beaucoup si on pouvait la nommer. Si tu ne veux pas dire son nom, tu peux en inventer un, si ça t’aide. »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Jeu 6 Avr - 23:40


Ou est-ce que je vais rester à nager dans ma peur des femmes jusqu’à devenir un ermite qui ne parle plus à aucune d’entre elles, à moins qu’elle ne s’appelle Austen ? J’ai envie de faire des signes de croix ou de dégainer le crucifix chaque fois qu’une femelle me touche par mégarde. Je veux qu’on me laisse tranquille. Je veux qu’on me rende ma vie. J’aimerais bien qu’on m’explique qu’en fait, ça faisait tout parti d’une émission de télé japonaise. Qu’elle arrive et qu’elle éclate de ce rire tonitruant qu’elle tournait toujours vers le plafond. Je ne l’entendrai plus jamais rire, et j’arrive pas à m’y faire. Je pourrais mordre le string d’un sumo ? Je crois que oui. Enfin ça dépend à quel endroit. Sur la hanche, là où c’est tout chaud entre les bourrelets, je pourrais, si ça me la rendait. Mais je ne la veux plus, non ; c’est fini ça, mais si je ne la veux plus, je veux quoi ? M’en persuader, ce serait bien. Je m’apitoie, je le sens. Ça me plait pas. C’est pour ça qu’on pourrait se moquer de moi. Fred l’a dit, il a dit qu’il ne me jugerait pas, ça veut dire qu’il y a des raisons qu’on me juge. Pourquoi il l’a dit ? Il l’aurait pas précisé si j’avais juste dit « Je me remets pas d’avoir perdu une femme qui ne veut plus de moi. Je devrais passer à autre chose. Vous avez raison. Super discussion, combien je vous dois ? » Il doit parler avec des gens qui vivent l’enfer, qui se battent tous les jours contre des traumatismes qui leur veulent la peau, et au milieu de tout ça, il se retrouve avec un mec qui baragouine à tout va qu’il aurait voulu garder plus longtemps sa copine. « De l’argent facile. » j’imagine Ben me dire, nonchalant jusque dans l’arc de son sourcil.

Mais Frederic Porter a l’air tellement gentil. Il le porte sur son visage, c’est rare que ce soit à ce point lisible, si évident. Il y a toujours quelque chose de sous-jacent, mais pas chez lui. Il pourrait commercialiser son essence, il devrait diluer son calme, il se ferait du pognon. S’il était une drogue, elle serait drôlement bonne. Il ne fait pas semblant, lui aussi a la même passion que je retrouve pour mes mômes, dans le fond de mon ventre. Sauf que lui la ressent plutôt tout là-haut, dans sa tête. Il est intéressé par ce qu’il se passe dans les cœurs de tout le monde, non ? « Non. » Mais je ne serais pas là si je ne le savais pas sincère, si Sasha ne m’avait pas dit qu’il m’aiderait et que je pouvais tout lui dire. Pourquoi je ne m’en sors pas seul ? Pourquoi je m’en défais pas ? Je ne me savais pas si fragile. Me l’entendre le dire amuserait Ben. Il regarderait l’endroit où se trouve mon cœur puis il craquerait un sourire malsain en me donnant toutes mes raisons comme il le fait maintenant, alors que je l’entends me le réapprendre. Il m’observe, immense et parfait sous la lumière du jour et me dit « Tu es ici parce que tu n’es pas moi. » si doucement qu’un autre le prendrait pour un compliment.

« A priori, je dirais que oui, puisque tu essaies. Mais la confiance brisée est quelque chose de délicat à réparer. Ca peut prendre du temps. Il faut aussi savoir que, comme toutes les blessures, celle-ci laissera sans aucun doute une cicatrice. Rien qui ne devrait t’empêcher de faire de nouveau confiance aux femmes, mais tu feras probablement preuve d’une certaine prudence, je dirais. Ce qui n’est pas un mal, si elle est bien dosée. Et l’on fera en sorte qu’elle le soit. »

J’aime bien qu’il ait dit « on », j’ai l’impression de faire partie d’une équipe, qu’il embarque avec moi et qu’où que j’aille, il suivra. Ça me fait du bien, plus que je ne l’aurais imaginé. C’est comme se rendre compte en retrouvant quelqu’un à quel point il nous avait manqué. Ça m’émeut, qu’il ait confiance en moi. Mais j’entends aussi qu’il n’a pas dit « oui », pas franchement. Il a dit « à priori. », tout plein de conditionnel et ça fait couler quelque chose dans ma poitrine. C’est comme entendre « Meh. » après un discours passionné. C’est comme donner le meilleur argument du monde, le défendre de mes propres dents, y miser ma peau et tout mon cœur puis être reçu par un « Mouais… » désintéressé. Peut-être qu’il préfèrerait être ailleurs. Est-ce qu’il est toujours ouvert le dimanche ? Ou est-ce qu’il a fait exception pour moi, quand Sasha lui a dit que j’étais pris les autres jours de la semaine ? Je sais ce que Ben dirait. Alors je le pense le premier. « Comme si j’étais si spécial. » et ça me fait du bien, de lui couper la chique. J’ai l’impression de m’en sortir en ayant fait une petite bêtise.

Je souris à Frederic, son « on » bienveillant pas près de me quitter. J’ai envie de lui dire « Yay, team Sam ! » mais j’aurais l’impression de lui couper la parole. J’ai oublié de chercher son diplôme. Est-ce qu’il a lu tous ces livres ? Est-ce qu’il les prête ? Est-ce qu’il y en a un qui fait levier vers une pièce secrète ? Et puis pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de plante verte ? Je l’imagine bien parler à une plante qui aurait les feuilles les mieux entretenues du monde, bercée par sa voix calme. Est-ce qu’il leur passerait de la musique classique ? Ou est-ce qu’il a des goûts musicaux bizarres qui ne vont pas du tout à son visage ? Ventre-saint-gris. Peut-être qu’il écoute du jazz par plaisir. Non… quand même. Si ? Non.

« Peux tu me raconter comment tu as appris qu’elle te trompait, s’il te plait ? Ca aiderait aussi beaucoup si on pouvait la nommer. Si tu ne veux pas dire son nom, tu peux en inventer un, si ça t’aide. »

Aïe. Il me bouscule. Ça me rend masochiste, de bien aimer ça ? Ça me rappelle pourquoi je suis venu, et je suis motivé juste ce qu’il faut pour l’envisager. Mais si je prononce son prénom, je vais l’entendre pendant une heure. Il sera là, dans la pièce avec nous et il va finir par prendre ses formes. J’ai pas envie de me retrouver face à ses immenses yeux verts dans lesquels j’ai vues toutes les émotions du monde. J’aime bien que Frederic me pousse un peu, ça me surprend et je l’imagine capable de s’agacer, tout à coup. Je me demande combien de fois il faudrait lui toucher le bras en y enfonçant un index encore et encore et encore avant qu’il ne dise « Et bien, qu’est-ce ?! » et combien de fois bonus il faudrait le faire encore avant qu’il ne libère sa véhémence et dise « Que ça cesse ! ». Oui, je me demande. Mon estimation la plus probable se situe quelque part entre huit cent vingt quatre et mille six cent douze. Ce foufou.

Sieste. Si et seulement si. Siège auto. Sierra Leone. On n’est pas passés loin cette fois dis donc. J’ai même eu une palpitation. C’est dingue ce que ça palpite, une palpitation. Le nom doit venir de là. Je n’y arrive pas. De toute façon je n’ai plus pensé son prénom depuis des mois, pas de mon plein gré. Elle a tout un tas de surnoms maintenant qui font très bien l’affaire. En particuliers La Dindonne. Mais je ne sais pas comment Fred le prendrait. Je sais !

« Je l'appellerais bien Simone. Ce n’est pas si éloigné de son vrai prénom. »

Simone la dindonne.

Le reste de sa requête me parait plus simple, c’est étrange. J’ai vécu tant de temps avec le souvenir de cette sordide affaire qu’en parler me donne l’impression de présenter un vieil ami. Un ami tordu et terrifiant parfois, qui me rappelle avec minutie qu’il m’arrive d’être minable dès que je pense à lui, mais un ami quand même. Hé. Si on appelait cet ami Ben ? Hinhin. Je vous présente Ben, ma rupture. Ben, dis bonjour.

« Comment j’ai appris qu’elle me trompait. D’accord. D’accord. Cool. Cool, cool. Allons-y. On était dans un beau restaurant, sans raison particulière, j’avais besoin d’une soirée avec elle loin du quotidien, de l’emmener quelque part d’élégant. On le faisait souvent. Je crois qu’elle a paniqué, à un moment, parce que quelqu’un a demandé sa copine en mariage à deux tables de nous, et que j’ai fait ce bruit réservé aux bébés et éventuellement aux chimpanzés : “Aaaw. ” et j’ai probablement dû la regarder avec mes étoiles plein les yeux, l’air de penser qu’un jour, ce serait nous. Je me souviens m’être dit qu’elle allait me tuer, à ce moment-là. Quand je la regardais et que je ressentais à chaque fois cette avalanche d’émotions pleine de… pleine de tendresse, de faim, d’amour, d’envie, de joie, d’admiration, de servitude et d’espoir ; je me suis dit que si ça durait, ça finirait pas me faire décéder parce que c’était trop et trop peu en même temps. Comme un orgasme du cœur. Tout le temps. »

Je la revois dans sa robe sublime et rien qu’une seconde, je ne sais plus quoi dire. Parce que des résidus de ce sentiment dévorant me submergent un cours instant. Le sentiment est si fort que j’ai l’urgence d’en finir, de me défaire du supplice. Mais l’idée de le perdre me rend fou ; alors je suis là, à me demander s’il est possible d’être trop amoureux de quelqu’un et ne trouvant pas de réponse finis par penser qu’elle me fera mourir.

« Alors là, elle a eu la gentillesse de me calmer et c’est comme si elle le vomissait, tellement ça a eu l’air de la soulager et de lui faire du mal en même temps, elle m’a dit  “Je couche avec quelqu’un d’autre.” subitement. Alors j’ai posé ma fourchette et je lui ai dit “Et bien il faut que tu arrêtes.” et je sentais ce truc horrible en moi, qui rejetait l’instant, qui repoussait tout ce que je commençais très lentement à comprendre. Comme ces gens qui racontent avoir vu un accident au ralenti. Mon cœur s’est brisé pendant des heures. Et je pouvais disséquer chaque sensation, j’avais le temps de réfléchir à tout, pendant que ça me tuait pour de bon. J’ai eu envie de lui dire que c’était pas grave, qu’on allait y travailler tous les deux, qu’elle était plus forte que ses erreurs. Mais je me suis rendu compte que je n’avais plus ouvert la bouche entre le restaurant et la maison. J’ai perdu tout ce qu’il a pu se passer entre ce moment et celui où je lui ai demandé si elle l’aimait. »

J’avais pas envie qu’elle réponde. J’aurais voulu arrêter le temps. Je la regardais garder sa veste parce qu’elle ne savait pas quoi faire, qu’elle n’osait même pas pleurer parce qu’elle voulait pas me faire plus de mal encore. J’ai jamais supporté de la voir pleurer. Je détestais même cette godiche de Mufasa qui lui faisait de la peine à chaque fois qu’elle le voyait se faire trahir par son frère. Je voulais pas qu’elle réponde, parce que tant qu’elle le faisait pas, on était encore ensemble et la vision précise que je me faisais de notre vieillesse tenait toujours. Je voulais lui dire que ce qu’elle avait fait n’était pas rédhibitoire, qu’on allait trouver un moyen de s’en sortir. Je la pardonnais, si elle me pardonnait aussi de ne pas avoir fait ce dont elle aurait eu besoin pour l’en empêcher. Mais elle a secoué la tête en mordant sa lèvre et elle avait l’air si triste qu’il m’a fallu toutes mes forces pour pas la rejoindre et la prendre dans mes bras.

« Elle a dit “Je sais pas. ” »

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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Lun 17 Avr - 10:53

Il a de nouveau eu son petit tic, avec sa paupière et je me demande si on n’y va pas un peu fort, pour un premier rendez-vous. Je n’ai pas envie qu’il ressorte de mon cabinet traumatisé et encore plus mal qu’avant d’y entrer. Même si, pour beaucoup, c’est inévitable. Moi-même, j’ai quitté ma première session avec l’impression d’être beaucoup moins stable que je ne le croyais. Ca nous fait sortir de notre zone de confort, nous met dans une position à laquelle on n’est pas habitué, et ce même lorsque l’on n’a pas d'événement forcément marquant à relater. Peut-être qu’on devrait faire une pause et parler des enfants dont il s’occupe, histoire de lui laisser le temps de récupérer tout en continuant à en apprendre plus sur lui.

Mais je ne pense pas qu’il apprécierait. Il l’a dit lui-même, il veut que ce soit rapide. Ca ne le sera pas, mais je pense que ça le soulage de pouvoir vider son sac avant que son contenu n’infeste sa mémoire et ne moisisse contre les contours de son âme, la ternissant un peu. Je pense que si vraiment quelque chose est trop dur pour lui, il me le dira de lui-même. Il est lancé, après tout. L’arrêter en plein dans son fil pour lui permettre de respirer pourrait le couper dans son élan et faire plus de dégâts qu’autre chose.

Il réfléchit, mais pas pour rassembler ses souvenirs. Il a l’air de quelqu’un qui cherche une idée. Il est donc en train de suivre mon dernier conseil et d’inventer un nom à son ex. Je sais qu’il peut parfois être compliqué de donner un nom à ses démons afin de faire face à leur vrai visage. Mais c’est un mal nécessaire.

« Je l'appellerais bien Simone. Ce n’est pas si éloigné de son vrai prénom. »

J'acquiesce pour signaler que j’ai compris. Va pour Simone, dans ce cas. Et quand il sera prêt à l’appeler par son vrai prénom, nous saurons que nous avons progressé.

« Comment j’ai appris qu’elle me trompait. D’accord. D’accord. Cool. Cool, cool. Allons-y. »

J’ai l’impression d’entendre un moteur démarrer quand il répète « D’accord » et « Cool ». Je ne pense pas qu’il l’ait fait exprès, comme s’il se projetait déjà sur l’histoire qu’il allait raconter et ne se concentrait plus tellement sur les mots qui sortait de sa bouche pour se lancer dedans.

« On était dans un beau restaurant, sans raison particulière, j’avais besoin d’une soirée avec elle loin du quotidien, de l’emmener quelque part d’élégant. On le faisait souvent. »

Ce qui a dû rendre le coup plus inattendu, dans la mesure où il mettait un point d’honneur à avoir des moments durant lesquels il cherchait à la rendre spéciale. Il a l’air d’aimer avoir l’occasion de la traiter comme une princesse. Lui montrer que malgré le quotidien, il pouvait toujours prendre le temps pour elle. C’est très rare dans les couples, en particulier lorsque l’on est ensemble depuis presque 6 ans.

« Je crois qu’elle a paniqué, à un moment, parce que quelqu’un a demandé sa copine en mariage à deux tables de nous, et que j’ai fait ce bruit réservé aux bébés et éventuellement aux chimpanzés : “Aaaw. ” et j’ai probablement dû la regarder avec mes étoiles plein les yeux, l’air de penser qu’un jour, ce serait nous. Je me souviens m’être dit qu’elle allait me tuer, à ce moment-là. Quand je la regardais et que je ressentais à chaque fois cette avalanche d’émotions pleine de… pleine de tendresse, de faim, d’amour, d’envie, de joie, d’admiration, de servitude et d’espoir ; je me suis dit que si ça durait, ça finirait pas me faire décéder parce que c’était trop et trop peu en même temps. Comme un orgasme du cœur. Tout le temps. Alors là, elle a eu la gentillesse de me calmer et c’est comme si elle le vomissait, tellement ça a eu l’air de la soulager et de lui faire du mal en même temps, elle m’a dit “Je couche avec quelqu’un d’autre.” subitement. »


Mais de toute évidence, Simone avait besoin d’autre chose. Peut-être quelque chose en complément de ce qu’elle avait déjà. L’Homme peut parfois être un éternel insatisfait. Il semblerait que la recherche du bonheur soit plus attrayant pour l’être humain que le bonheur lui-même. Il y aura toujours quelque chose qui manque. Nous ne sommes pas parfait et un être imparfait peut difficilement atteindre la perfection.

Ou peut-être se sentait-elle simplement indigne de toutes ses attentions, de ses regards, de lui… et a inconsciemment chercher à saboter ce qu’ils avaient avant de le perdre quand elle s’y attendrait le moins. Certains font ça aussi. A moins qu’elle soit tout simplement capable d’aimer de manière égale deux personnes. C’est possible. Il se peut d’ailleurs qu’il s’agisse d’un mélange de tout ça : Qu’elle soit toujours à la recherche du bonheur, qu’elle se trouve indigne de lui quand elle le trouve mais qu’elle ait le coeur assez grand pour aimer deux personnes à la fois.

Je ne lui cherche pas d’excuse, cela dit, j’essaie juste de la comprendre au même titre que j’essaie de le comprendre, lui. Elle n’est certes pas ma patiente, mais Samuel a besoin de quelqu’un d’objectif, et je ne la jugerai pas plus que je ne le jugerais lui.

« Alors j’ai posé ma fourchette et je lui ai dit “Et bien il faut que tu arrêtes.” et je sentais ce truc horrible en moi, qui rejetait l’instant, qui repoussait tout ce que je commençais très lentement à comprendre. Comme ces gens qui racontent avoir vu un accident au ralenti. Mon cœur s’est brisé pendant des heures. Et je pouvais disséquer chaque sensation, j’avais le temps de réfléchir à tout, pendant que ça me tuait pour de bon. J’ai eu envie de lui dire que c’était pas grave, qu’on allait y travailler tous les deux, qu’elle était plus forte que ses erreurs. Mais je me suis rendu compte que je n’avais plus ouvert la bouche entre le restaurant et la maison. J’ai perdu tout ce qu’il a pu se passer entre ce moment et celui où je lui ai demandé si elle l’aimait. »

Il me paraissait évident, vu ce qu’il disait d’elle, que le fait qu’elle aille voir ailleurs ne le rebute pas au point qu’il ne puisse pas pardonner. Sa réaction, à chaud, a probablement été de s’accrocher à tout ce qu’ils avaient construit, a essayé de retenir avec ses mains nus les murs de sa maison alors qu’ils s’écroulaient. Il lui a peut-être même trouvé des excuses, se mettant lui-même en position de bourreau, se disant qu’il avait forcément fait quelque chose qu’il ne fallait pas, la poussant à la faute. Je doute que ce soit le cas, cependant. Si l’acte de Simone avait été causé par une négligence de la part de Samuel, elle aurait ressenti une pointe de satisfaction qui n’aurait pas échappé à ce dernier, en lui avouant. Mais il le décrit comme si elle sentait qu’elle lui devait la vérité. Qu’il était indécent de mentir à ces yeux-là. Comme si le mensonge était plus cruel que la vérité, et que cette dernière était le moindre mal, pour elle comme pour lui.

« Elle a dit “Je sais pas. ” »

Il a fait une grimace, en reprenant ses paroles. Car c’est ça, de tout, qui l’a le plus blessé, je pense. Parce que c’est probablement à cet instant précis qu’ils s’est senti la perdre pour de bon. Il a dû se dire qu’il allait devoir entrer en rivalité avec un autre homme pour l’affection de celle qu’il aime et que, peut-être, il se pourrait qu’il perde. Non ?

« Qu’as-tu ressenti quand Simone a dit ça ? Et que s’est-il passé ensuite ? »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Jeu 27 Avr - 23:11


J’ai perdu Simone à cette seconde-là. Quand elle ne m’a pas menti, et que ni la douleur ni les regrets n’ont pu l’empêcher de m’avouer qu’il y avait quelqu’un qui sortait pas de sa tête, au point de ne pas pouvoir nous dire ni à elle ni à moi, qu’elle ne l’aimait pas. J’aurais pu tout oublier, tout reconstruire et tout recommencer si elle m’avait seulement dit non. J’aurais pu la rassurer, la toucher enfin, sentir son parfum piquer mes veines et la serrer contre mon cœur, disant qu’on veillerait plus fort l’un sur l’autre, si elle n’avait fait qu’une erreur. Si seulement il n’avait été question que de zizipanpan mais pas d’émotion ; si sa peau était restée mienne, même sous les mains d’un deuxième homme. Ou d’une autre femme, d’ailleurs. Je n’avais pas posé la question. Mais tout avait foutu le camp et mes pensées revenaient comme une balle attachée à un élastique, contre ses mots achevant tout. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Inlassablement. J’ai entendu ces trois mots dans tous les silences, dans chaque doute et sur toutes mes hésitations, pendant des jours. L’image de son corps tremblant, de ses bras croisés autour de son ventre qu’elle protégeait du mal qu’elle me faisait surgissait dans mon esprit dans un éclair, disant « Je sais pas » encore et encore et encore.

« Qu’as-tu ressenti quand Simone a dit ça ? Et que s’est-il passé ensuite ? »

Sa voix est douce, au point de paraitre incapable de prononcer la moindre injure, jamais. Elle est si pure que je l’imagine même apte à détecter les jurons qui s’amassent à la ronde pour les repousser comme un ninja de la langue. « Qu’entends-je ? » se disent ses supers sens. « Qu’ouïe-je ? »
Ce que j’ai ressenti. Oui, je sais. Ce n’est pas difficile à décrire. J’en ai des restes, là dans le fond du souvenir. Je le ressens quand j’y pense. Il se fait entendre chaque fois que j’en approche. Il est devenu petit mais à ce moment-ci, il était immense. On nous aurait regardés depuis la lune qu’il n’aurait pas été bien difficile à voir. Ni même à entendre.

« Du désespoir. »

Abyssal. Mais surtout pur. Il a joué les bourreaux d’esclaves et a pris le dessus sur toutes mes émotions réduites à l’état de rien sous son seul contrôle. Il était seul maitre, et je me laissais faire.

« Après, elle a dit « À quoi tu penses, Samuel ? ». Samuel. Pas son habituel Sammy. Pas même Sam. Samuel. Personne ne m’appelle comme ça, en dehors des personnes qui ne me connaissent pas. Ça m’a paru violent et froid malgré sa voix brisée et sa supplique qui me laissait penser qu’elle ne supportait pas d’être privée de mes pensées pour la première fois depuis qu’on s’était rencontrés. Samuel. »

J’ai eu l’impression de devenir un concept. D’entendre parler de moi sans me reconnaitre. Qui c’est, ce Samuel ? Samuel. C’est bizarre, ce prénom. Pas autant qu’un prénom anormal qui serait le seul à commencer par une lettre pas faite pour ça, comme Q, mais quand même. J’ai pensé « À quoi il pense, Samuel ? » mais me rendais compte que je n’en savais rien. Pense, Samuel. Pense. Je pense au fait que je pense, est-ce que ça compte ? Qui c’est, ce mec ? Samuel. Samuel Austen. C’est comme si elle parlait de moi à la troisième personne. Que j’étais plus là. Alors je lui ai dit « Tu ne m’avais jamais appelé comme ça. » et elle a dit « Quoi ? ».
Je savais que je ne serais plus bon à rien ce soir, j’étais incapable de penser correctement. Tout fichait le camp. J’ai ressenti le poids de la journée, des heures depuis le réveil et surtout celui de ces nouvelles informations que je n’arrivais pas à assimiler et que je réapprenais en boucle. J’oubliais puis ça revenait. Puis encore. Et encore. Mon esprit tentait à sa façon d’épargner mon cœur et il repoussait sans cesse l’approche de cette petite horreur. Il l’effaçait. Mais elle revenait, commençant au restaurant, passant par Je sais pas, finissant par Samuel. Ça se répétait, mais ça ne rentrait pas.

« J’étais ailleurs, alors elle a dit « Sam ? » et je suis revenu en me demandant où j’allais dormir ce soir. »

Je ne voulais pas réveiller mes parents ni Sasha, qui se seraient inquiétés. Je ne voulais pas déranger Lina qui venait juste d’emménager avec Teddy. Je ne pouvais pas rejoindre Sherly sur le campus. Cherry aurait été plus affectée que moi par ce qu’il se passait et je me promettais de l’épargner le plus longtemps possible, peut-être que tout s’arrangerait avant même qu’elle ait l’idée de nous pleurer. Je ne m’imaginais pas sonner chez Maeva aussi tard, bien qu’il ne fasse aucun doute dans mon esprit que j’aurais été le bienvenu chez elle.

« Égrainer la liste des gens qu’on aime en se demandant à qui réclamer secours à 1h du matin est un exercice intéressant et dans mon cas, rassurant. J’ai de la chance. J’avais beaucoup de choix, et j’ai trouvé du réconfort dans cette pensée. Parce qu’elle, elle n’avait personne et je me sentais triste de le savoir et refusais de la faire se sentir seule par ma faute. »

Sa famille et tous ses amis sont restés au Danemark. Son colocataire l’a remplacée. Elle n’a pas créé de lien particulièrement fort avec ses collègues et toutes ses fréquentations, bien qu’amicales, n’ont pas la profondeur d’une fraternité. J’étais, de ses dires, sa personne préférée au monde. Et sa plus vieille connaissance ici, en dehors de moi, était Ben, dont elle n’a jamais été proche, malgré mes efforts. Et je le choisissais lui, comme une évidence, un phare salvateur dispersant la brume de mes songes meurtris, fatigués et promenés sur cette balle qui refaisait le film de la soirée encore et encore et encore.

« Je lui ai dit « Je reviendrai demain matin, et on parlera. » avant qu’elle propose de partir à ma place. J’ai fait un sac pour la nuit, avec des habits pour le lendemain, et tout ça m’a paru ridicule. Je ne voulais pas la laisser seule, et je n’avais aucune envie de me défaire d’elle. J’avais l’impression de fuir. Et cette attitude ne me ressemblait pas, mes gestes me paraissaient aussi étranges que « Samuel » l’était à mon oreille. Alors je suis allé la trouver dans le salon. Elle était pliée en deux sur le canapé, comme un enfant dont le ventre le ferait affreusement souffrir. J’ai pris ma veste, mes clés, et je me suis accroupi devant elle. Je lui ai dit « Je sais que ce n’est pas facile, je sais que tu t’en veux et que tu ne sais pas me dire que tu n’as jamais voulu me faire de mal sans que ça paraisse cliché. » Elle pleurait. Et comme elle pleurait, j’ai pleuré aussi et j’ai embrassé ses mains en lui disant que je la verrai demain. »

Elle a serré ma main des siennes et j’y ai trouvé le même désespoir qui refroidissait toute mon âme. J’entendais « Reste. » quand elle soupirait et me laissais faire quand elle essuyait mes larmes. Je lui ai dit « J’ai besoin de dormir un peu. » pour qu’elle comprenne que je ne la quittais pas par mépris. « J’ai eu une longue journée. Il y a un nouveau petit à l’école et il s’appelle Quentin. Alors je te laisse imaginer. » Quentin ! Quelle horreur. Il y a une raison pour qu’aucun autre prénom au monde ne commence par cette lettre-la, il me semble. Certains parents n’ont vraiment aucune conscience. Puis elle a ri et je me sentais mieux ; alors je m’en allais et décidais de marcher jusqu’à chez Ben. J’avais besoin de sentir mon visage se faire grignoter par le fond de l’air frais, de sentir cent effluves différentes, de fournir un mince effort et surtout d’entendre les sons des vies des autres, partout différentes, partout présentes, partout plus fortes que mon propre drame et sa balle qui tapait encore, mais encore.

« Est-ce qu’on apprend à s’auto-diagnostiquer et se réconforter, quand on est Docteur ? Ou est-ce qu’on égraine la liste des gens qu’on aime pour choisir chez qui trouver refuge à 1h du matin quand on est délocalisé par un chagrin d’amour ? »

Est-ce qu’on se dit « Selon mon analyse, il s’agit ici d’un cas simple de conflit d’intérêt, teinté d’une peur de l’abandon et d’un minuscule caprice possessif. Je préconise la patience et une bonne dose de dialogue. À diluer dans l’eau chaude. » ? Ou est-ce qu’on se dit « Curieux, tout de même, cette notion d’appartenance à l’autre. Notre corps, après tout, n’est-il pas seulement nôtre ? Est-il seulement possible, au sens métaphysique, de tromper quelqu’un ? Qu’est-ce que la fidélité ? Je devrais tout simplement lui dire "Au risque de paraitre trivial Simone, je vous confie qu'il m’eut plu que vous conservâtes vos jambes closes et il me plairait que vous ne réitériez pas la faute dorénavant." » ? Ou bien est-ce qu’on s’épanche sur le fauteuil moins confortable d’un autre en se disant que vus d’ici, ses yeux bleus paraissent capables de percer la peau et de lire nos pensées comme un livre ?

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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Lun 26 Juin - 21:00

« Du désespoir. »

J’aurais aimé lui demander d’extrapoler, pour savoir exactement ce qu’il entend par là, quelles pensées lui sont passées par la tête.

« Après, elle a dit « À quoi tu penses, Samuel ? ». »

Je vois qu’elle a eu le même réflexe que moi…

« Samuel. Pas son habituel Sammy. Pas même Sam. Samuel. Personne ne m’appelle comme ça, en dehors des personnes qui ne me connaissent pas. Ça m’a paru violent et froid malgré sa voix brisée et sa supplique qui me laissait penser qu’elle ne supportait pas d’être privée de mes pensées pour la première fois depuis qu’on s’était rencontrés. Samuel. »

Elle n’a probablement pas osé utiliser son surnom. Peut-être s’est-elle sentie indigne de le prononcer. Je n’ai pas l’impression qu’elle essaie de mettre de la distance, entre eux. Elle n’a pas l’air d’essayer de lui mettre en tête que tout est brisé entre eux. Elle a l’air perdue et a l’air de se demander si elle a le droit de s’adresser à lui comme elle l’a toujours fait. Il semblerait qu’elle ne sache pas comment gérer cette conversation. Ou peut-être a-t-elle justement essayer de mettre dans la distance. Peut-être pour voir si elle y arriverait.

« J’étais ailleurs, alors elle a dit « Sam ? » et je suis revenu en me demandant où j’allais dormir ce soir. Égrainer la liste des gens qu’on aime en se demandant à qui réclamer secours à 1h du matin est un exercice intéressant et dans mon cas, rassurant. J’ai de la chance. J’avais beaucoup de choix, et j’ai trouvé du réconfort dans cette pensée. Parce qu’elle, elle n’avait personne et je me sentais triste de le savoir et refusais de la faire se sentir seule par ma faute. »

Pourquoi ne pas dormir sur le canapé pendant qu’elle dort dans le lit, dans ce cas-là. Qu’est ce qui lui a fait arriver à la conclusion qu’il devait dormir chez quelqu’un d’autre ? Avait-il besoin d’espace ? De soutien ? Pourquoi avoir décidé de se rendre en terrain inconnu alors même qu’il perdait ses repères ? Je note mentalement toutes ces questions qui m’aideront à créer une carte de son esprit, plus tard, quand j’aurai tous les faits.

« Je lui ai dit « Je reviendrai demain matin, et on parlera. » avant qu’elle propose de partir à ma place. J’ai fait un sac pour la nuit, avec des habits pour le lendemain, et tout ça m’a paru ridicule. Je ne voulais pas la laisser seule, et je n’avais aucune envie de me défaire d’elle. J’avais l’impression de fuir. Et cette attitude ne me ressemblait pas, mes gestes me paraissaient aussi étranges que « Samuel » l’était à mon oreille. Alors je suis allé la trouver dans le salon. Elle était pliée en deux sur le canapé, comme un enfant dont le ventre le ferait affreusement souffrir. J’ai pris ma veste, mes clés, et je me suis accroupi devant elle. Je lui ai dit « Je sais que ce n’est pas facile, je sais que tu t’en veux et que tu ne sais pas me dire que tu n’as jamais voulu me faire de mal sans que ça paraisse cliché. » Elle pleurait. Et comme elle pleurait, j’ai pleuré aussi et j’ai embrassé ses mains en lui disant que je la verrai demain. »

Il y a tellement de noblesse, dans ses réactions. Elle le blesse et il continue à la faire passer avant lui. Ca n’a pas dû aider à calmer la culpabilité de Simone.

« Est-ce qu’on apprend à s’auto-diagnostiquer et se réconforter, quand on est Docteur ? Ou est-ce qu’on égraine la liste des gens qu’on aime pour choisir chez qui trouver refuge à 1h du matin quand on est délocalisé par un chagrin d’amour ? »

Je ne m’attendais pas à ce qu’il me renvoie la balle. Il m’est déjà arrivé que certains patients essaient de dévier l’attention sur moi pour ne plus avoir à parler d’eux, mais je ne m’attendais pas à ce que lui le fasse, pas comme ça. Il veut savoir comment moi, j’aurais réagi. Pas comme un mécanisme de défense, du moins, je n’en ai pas l’impression. Peut-être qu’il a besoin de savoir qu’il ne parle pas à un robot. Il a probablement besoin d’un rapport plus humain, plus amical. Mais est-ce que ça l’aiderait vraiment ? Il voulait quelqu’un qui ne le regarde pas avec les yeux de l’amour, mais si l’on fait connaissance, si un véritable lien se crée entre nous, n’est-ce pas ce que je serai voué à devenir ? Quelqu’un qui chercherait à le défendre, biaisé par l’affect ? Lui parler de moi pourrait changer notre dynamique. Mais d’un autre côté, peut-être est-ce une dynamique dont il a besoin.

Donc pour la première fois, j’essaie de me mettre à sa place. De savoir ce que, moi, j’aurais ressenti si j’avais été trahi. Si j’avais perdu quelque chose ou quelqu’un qui représentait toute une partie de ma vie. Qui était mon passé, mon présent et aurait dû être mon futur. Je n’ai jamais été dans cette situation. Et pourtant, je l’ai vécue, par procuration. Je pense à Wade. Au soir où on a perdu Gloria. Je le revois perdu, et je me revois m’accrocher à lui pour l’aider à retrouver son chemin vers nous. Je me revois avoir mal avec lui et chercher à le supporter pour ne pas être emporté par sa vague de douleur et sombrer devant lui.

« Tout le monde a besoin de quelqu’un qui l’aide à retrouver son chemin vers la lumière », je réponds avec un sourire. « Moi, c’est mon jumeau, Wade. Il est ma liste. »

Je n’ai jamais parlé de Wade à aucun de mes patients, c’est une première, mais ce que je dis est vrai. De la même manière qu’il m’a instinctivement emmené avec lui pour aller rencontrer Gem, je sais que j’aurais fait pareil, si ça avait été moi.

« Bien sûr, j’ai aussi mon propre thérapeute, parce que c’est obligatoire lorsque l’on est psychiatre. Justement parce qu’il est très difficile de s’analyser soi-même. Sans compter que je trouverais cela un peu angoissant, de chercher un moyen d’échapper à ma solitude tout seul. » J’ajoute.

Je pense sincèrement que si l’on n’appelle pas à l’aide lorsque l’on en a besoin, c’est que l’on a encore plus besoin d’aide que l’on ne le croit. L’on peut être aussi cérébral que l’on veut, l’on reste humain. Je ne pense pas qu’il soit possible d’être rationnel lorsqu’on a mal. Si un jour j’aime au point de construire mon avenir autour de quelqu’un et que ce quelqu’un n’est plus là, je ne pense pas que j’aurais la présence d’esprit de rationaliser cette perte. Je pense que j’aurais l’impression que l’on m’enlève un bras et que je me demanderais comment je pourrais vivre sans lui. Je n’aurais pas le recul nécessaire pour m’auto-psychanalyser. Et j’espère sincèrement que j’aurais le courage d’appeler quelqu’un pour m’aider à le faire.

« Chez qui es-tu allé ? »
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MessageSujet: Re: « Le Roi (Sierra) Leone × Samuel & Freddie » Dim 6 Aoû - 23:47


Freddie Porter a l’air, imperturbable, de revenir en place quoi qu’il advienne, de pouvoir se recomposer avec maitrise par la simple volonté de son esprit. Son enfant doit être tellement sage. Ou est-ce présomptueux d’imaginer que tous les psys appliquent leur doctrine et mènent des vies sereines et simples ? Mais que sont-ce ! Que sont-ce ces questions ? Et si on le laissait parler pour voir ? Que ça cesse ! Peut-être même qu’il ne voudra pas répondre. Peut-être que j’aurais dû lui dire « tu » pour l’encourager. Juste comme ça, sans déroger. Dire « tu. » Il faudra que j’essaie de le caser. « Est-ce qu’on se diagnostique seul, quand on est psy ? Tu. » Mais comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Il est vraiment doué, ce Docteur Porter. Il fait ressortir le meilleur de moi. Et Ben. L’évolution guidée de mon soliloque l’a invoqué ici en soutien, juge las de mes drames sublimé tant par l’éclairage que par l’ennui.

« Tout le monde a besoin de quelqu’un qui l’aide à retrouver son chemin vers la lumière. »

Il le dit comme s’il lisait mes pensées, et je me demande si ce n’est pas un peu le cas. Son sourire est aussi communicatif que le calme qu’il distille dans l’atmosphère. Est-ce que c’est une bouche d’aération, ça ? Et si j’étais gazé ? Drogué à mon insu, comme soulagé du cœur mais dopé du souvenir. Ça se tient. C’est possible. C’est pas si incroyable. Ça a sûrement déjà dû arriver. Peut-être pas dans la vraie vie, mais quand même. Ça se trouve je dis tout ce que je pense sans m’en rendre compte. Et il m’a entendu le trouver sage ; alors il a sorti un joli dicton de vieux barbu mentor, comme dans Fatal Deviaton. Fred. Fred, si vous m’entendez, j’ai rêvé d’un hérisson qui avait des fourmis dans les jambes et qui disait « Qu’est-ce que Sam pique ! » et ça m’a fait rire dans mon sommeil. Qu’est-ce que vous en dites ? Ah oui et : tu. Vous avez la meilleure poker face au monde. Ça a dû demander des heures d’entrainement. Je dirais même, oui même : c’est pas piqué des hannetons.

Est-ce possible que Ben, ce margoulin, soit depuis toujours celui qui m’amène vers la lumière ? Je l’imagine plutôt me trainer à la cave par la cheville, pour me montrer le monde vu d’en-dessous et adopter auprès de lui, le point de vue des os. Relativiser dans la terreur et par la force. Songer sans lendemain à l’énergie allouée à mon propre sort et aliéner quelques émotions en leur coupant la flotte pour qu’elles se taisent et s’assèchent. C’est efficace, après tout, son régime de bête. Mais ça ne doit pas être semblable aux recours d’un professionnel tel que le Docteur Porter.

« Moi, c’est mon jumeau, Wade. Il est ma liste. »

Je trouve ça beau. J’essaie très fort de pas faire “Aaaw.” comme quand je vois un bébé ou un chimpanzé. Il le dit avec une élégance affirmée, il n’y a pas le moindre doute dans sa voix douce, ni dans son regard qui brille un rien plus fort, à la mention de son frère. Ça me plait de l’imaginer en double. Est-ce qu’ils se ressemblent ? Au point qu’on les confonde ? Et qu’est-ce qui me dit que c’est bien Freddie Porter que j’ai en face de moi ? Il faut que je lui pose une question dont il est le seul à connaitre la réponse. Sauf que Wade, sa liste, saurait tricher sans ciller. Il doit probablement le connaitre mieux que moi. C’est envisageable. C’est plausible. C’est quasiment sûr. Ils ont quand même dû accumuler quelques souvenirs pendant leurs dix-sept ans d’existence commune. Diantre. Il ne me reste plus qu’à leur faire confiance. C’est quand même perturbant que ce soit si facile. Il est si aimable, comme ces gigolos qui charment les veuves dans les téléfilms de l’après-midi. Il va vouloir me soutirer de l’argent ? Han ! Oui, il en veut à mon argent. Tout devient clair. J’ai compris. Wade est un homme de joie. Il faut que je le dise à quelqu’un. A Freddie ! Mais comment le retrouver ? Et puis même si je le retrouve, comment je saurai qu’ils n’ont pas encore changé de place ? Fichtre. Les jumeaux sont vraiment diaboliques. Mais je suis sûr d’une chose, en l’écoutant parler de son frère: il l’aime à me comprendre sans que j’ai à user d’emphase lorsque j’aurais à lui parler de mes propres sœurs.

« Bien sûr, j’ai aussi mon propre thérapeute, parce que c’est obligatoire lorsque l’on est psychiatre. Justement parce qu’il est très difficile de s’analyser soi-même. Sans compter que je trouverais cela un peu angoissant, de chercher un moyen d’échapper à ma solitude tout seul. »

Il faut vraiment que j’arrête d’acquiescer maintenant parce que je vais réellement finir par ressembler à une veuve chevrotante de la tête. Ça me rassure, de me retrouver dans ce sentiment, de me reconnaitre en cette volonté de ne pas rester avec ce qui nous ronge. Il me parait simple et abordable quand il avoue, sans mal, que la perspective d’avoir à se relever seul l’angoisse. Il est sensible. « Il est faible. » me corrige Ben. Je sais que pour lui, ces deux natures sont la même. Est-ce qu’il est là pour ça ? Pour s’en prendre à celui qui pourrait m’aider à me sortir d’une impasse dans laquelle lui-même m’a laissé ? Freddie/Wade est comme moi, il me confie craindre l’idée de ne pas tendre la main. « Une tape sur l’épaule. » geint Ben se rapprochant, fatigué d’avoir à l’expliquer. « Il te dit ce que tu payes pour entendre. » Parce que je suis là pour ça, et qu’il me caresse dans le sens du poil. Pour que je reste, que je continue, que je me sente compris. Et que je comprenne que grâce à lui, tout ira mieux. Ben ouvre les mains jusque là posées sur ses bras, l’air de dire: voilà. Mais... Il soupire. Mais si ça marche ? Il peut me manipuler tant qu’il veut, il peut me gazer, m’ensorceler, me mentir, me droguer, me guider n’importe où, tant qu’on trouve, ensemble, une solution. S’il m’aide à ne plus être ravagé par le manque et la paranoïa, alors j’y vais. Et je choisis de croire en mon instinct et en celui de Sasha qui jurent par deux fois que cet homme est aussi bien intentionné qu’il parait l’être. Une notion qui t’es étrangère, Ben.

« Chez qui es-tu allé ? »

Je souris, épaté par son sens du timing. À moins qu’il ne s’agisse que de télépathie ? Quoi qu’il en soit, la transition rendrait toute chose un présentateur de journal télévisé. Quelle maitrise, wesh. C’est du grand art, ça doit demander des années d’entrainement, de savoir lire les gens comme ça, de pouvoir les remettre sur les rails. Il a gardé le fil de notre conversation alors que je l’avais déjà perdu, oublié et remplacé par un modèle plus récent. Ce que c’est facile à perdre, ces fils. Si seulement on pouvait plutôt suivre la poutre de la conversation, j’aurais moins de chance de l’échapper. D’ailleurs. Oui, d’ailleurs. Chez qui je suis allé.

« Chez mon plus vieil ami. C’est lui que j’avais le moins de remords à aller déranger au milieu de la nuit et que j’avais pas de risque d’affoler en lui demandant refuge. Il est pas exactement… émotif, et c’était parfait pour ce que j’avais. »

Ma main était engourdie par le froid quand j’ai pressé son interphone. J’ai dit « Ben, c’est moi. » et il a dit « Je te vois. » comme si j’avais oublié que j’étais filmé. Il a pas ouvert comme il le faisait d’habitude et j’ai trouvé ça étrange. J’avais un monstre dans le ventre, qui grignotait tout et ça me rendait malade. J’avais le vertige, vertical dans la nuit, et j’ai demandé à monter, mais il a dit « Sam. C’est pas un bon moment. » puis rien. Puis « Désolé. » alors la bête qui me mangeait a laissé place à une autre, plus familière, qui me prend quand je m’inquiète pour ceux que j’aime. J’ai regardé la caméra, faute de pouvoir sonder son visage à lui, et je lui ai demandé si tout allait bien. Quelque chose d’inhabituel dans sa voix a alourdi ce qui pesait dans mon ventre, quand il a dit « Ne t’en fais pas. » et qu’il parut moins me donner un ordre que de demander un service. J’ai dit « Tu es avec quelqu’un ? » et il a eu le temps de réfléchir, avant de trancher « Plus maintenant. » et s’est laissé répondre « Alors ouvre, je monte. ».

« Sauf qu’il était ébranlé, ce soir-là. Plus encore que moi, je dirais. C’est pas facile à dire, avec lui, mais les années m’ont appris à reconnaitre ces choses. Je ne l’avais pas vu dans cet état depuis des années, alors ça m’a inquiété et j’ai oublié, un moment, la raison de ma venue. Ça m’a fait du bien, donc je m’en suis voulu. J’ai eu l’impression d’être apaisé par son malheur mais j’ai seulement aimé qu’il me divertisse du mien. Alors je m’en suis re-voulu. J'ai trouvé du réconfort dans l'idée d'être là pour lui, et de lui changer les idées. Et finalement, on a parlé. De lui, un peu. Mais d’elle, beaucoup, donc l’idée de départ a pas vraiment marché, mais… Ouais, mon refuge, c’est chez lui. »
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