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« The first time's always weird × Ty »

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MessageSujet: « The first time's always weird × Ty » Mar 12 Juin - 0:51


J’ai quatorze ans, je crois. Je n’ai pas vraiment moyen d’en être sûr. Je ne crois pas qu’il existe de test pour découvrir sa date de naissance. Peut-être que j’ai seize ans et ne suis pas aussi mature qu’on le dit. Peut-être que j’en ai treize et que je suis grand pour mon âge. Je ne sais pas. Et puis je m’en fous un peu, en fait. L’âge ne compte pas vraiment, dans mon milieu. Je n’ai pas l’âge de boire ni conduire. Pourtant, j’ai déjà fait les deux. Plusieurs fois. Mais pas en même temps. Je n’ai pas l’âge de voir des gens se faire tuer devant moi. Je l’ai fait aussi. Je n’ai pas non plus l’âge d’être amené dans un club de striptease. C’était sympa.

Personne ne fait attention à moi, dans la pièce. Je suis dans un coin à côté du buffet. Les adultes parlent business. J’observe. C’est mon boulot, ce soir. Il n’y a rien à voler, je suis simplement là pour écouter. Apprendre. Bosco rencontre un chef de gang qui n’a pas payé sa taxe. Mon parrain veut que j’apprenne comment on collecte les dettes, dans la famille. Apparemment, c’est plus technique que de dire “Paie. Maintenant.” Il y a de la négociation et des menaces. Peut-être un peu de torture. Pour ça non plus, je n’avais pas l’âge, la première fois que j’en ai vu. Lochlan et Dugossi sont chacun d’un côté de Bosco. Dugossi, c’est le gars qui m’a frappé la première fois que j’ai rencontré le renard. Il aime bien le refaire, quand Bosco ne regarde pas. Je le laisse s’amuser, parce que je sais qu’un jour, je lui rendrai chacun de ses coups. Quand j’aurai l’âge, sûrement.

De l’autre côté de la table, il y a le chef de gang et deux de ses hommes. Ils ont tous des tatouages, comme si faire des dessins sur leur peau les rendait effrayant. Pour moi, ce n’est rien que du maquillage. Rien d’impressionnant là dedans. Je ne les quitte pas des yeux. Je n’ai pas besoin de regarder Bosco pour analyser son langage corporel, quand il parle. Je l’ai assez observé. Ce que j’ai besoin d’anticiper, ce sont les réactions de nos invités. Je dois apprendre à lire nos interlocuteurs. Etre capable de déceler s’ils seront dociles ou belliqueux. Et s’ils sont dociles, s’ils le font parce qu’ils cherchent à gagner du temps avant de se rebeller, ou s’ils sont sincères. Mais ils n’ont pas l’air du genre à abdiquer. Ils ne veulent pas payer. Ils ne paieront pas. A moins que Bosco leur rappelle qui commande.

Bosco n’essaie pas de les charmer. Il leur montre à quel point leur comportement le blase. Il n’a pas peur, n’a pas la patience pour leur conneries. J’aime bien cette facette de Bosco, plus en phase avec mon propre caractère que ses airs charmeurs quand il essaie d’amadouer les gens. Il n’essaie pas de plaire à son audience. Et franchement, il fait plus peur que les trois clowns maquillés à l’encre qui sont en face de lui. Malgré son apparence frêle et malgré son âge. Il y a quelque chose de royal qui se dégage de lui, et nos trois invités le perçoivent. Ils sont nerveux. Ils le cachent bien, mais je ne détourne pas mon attention d’eux. Je vois tout.

Je vois Bozo #1 tapoter sa cuisse avec ses doigts. Est-ce qu’il sait qu’il peut les perdre à tous moments ? Bozo #2 caresse son arme, prêt à dégainer à la seconde où sa vie serait menacée. Bozo en Chef respire plus vite qu’au début du rendez-vous. Il sait qu’il peut tout perdre. Pourquoi ne donne-t-il pas juste l’argent ? Ce serait plus simple pour tout le monde. Surtout pour lui.

Mon regard revient souvent vers celui qui caresse son arme. Il fait simplement ça pour se rassurer. Il trouve du réconfort dans le fait de savoir qu’il a quelque chose pour le protéger. Il n’est pas un réel danger, il n’a pas l’air assez concentré pour réagir rapidement en cas de besoin. Il écoute avec attention. Il a même l’air un peu impressionné. Je crois qu’il aimerait bien changer de camps. Il aime bien Bosco. C’est l’autre qui a l’air le plus à cran. Il a l’air sur la brèche. Aussi, ne suis-je pas surpris quand je le surprends précipiter sa main vers son arme. Mais il a tout juste eu le temps de la dégainer qu’elle tombe au sol. Un couteau s’est retrouvé planté dans sa carotide. Celui que j’ai trouvé sur le buffet et lancé. Je n’ai pas réfléchi. Je l’ai juste fait. Pas instinctivement, je savais ce que je faisais. Je protégeais Bosco.

Mais maintenant, je n’arrive plus à bouger. Je suis comme hypnotisé par le sang qui se déverse de lui. J’ai le coeur qui bat. Est-ce que je vais vomir ? Est-ce que je suis fier de moi ? Est-ce que je suis dégoûté ? Impressionné ? Effrayé de voir ce dont je suis capable ? Tout ça à la fois ? J’ai tué quelqu’un. Je sais que cinq paires d’yeux ont convergé vers moi. Mais j’m’en fous, j’ai tué quelqu’un et j’me sens… Putain, comment je me sens ?  Y’a du bruit, des cris, du mouvement, mais j’m’en fous, je ne suis plus dans la pièce. Le sang de ma victime et moi, on est plus dans la pièce, on est dans une autre dimension, qu’on est les seuls à peupler. Il n’y a que ça qui existe sur Terre. Le gars qui fait des bulles sanguines quand il essaie de respirer, et moi. Il y a des coups de feu, mais aucun vers moi. Du moins, je ne crois pas. Peut-être que si je reviens dans mon corps, je sentirais que je suis en train de mourir d’une blessure par balle. Peut-être que je paniquerais, comme le fait ce gars à la gorge percée. Percée par moi. Je ne connais pas son nom. Je ne l’ai pas retenu. Ca ne m’a pas semblé important, quand son patron l’a dit, plus tôt dans la soirée. Je n’arrive pas à m’empêcher de me dire que j’ai gâché ma première fois sur quelqu’un dont le nom n’a pas été assez intéressant pour que je le retienne. Et j’arrête pas de me demander si c’est important. Est-ce que je ne devrais pas plutôt me sentir honteux ? Triste ? Monstrueux ?

C’était un être humain, après tout. L’un des pires exemples de l’humanité, mais il avait une vie. Peut-être même qu’il avait un nom. Un qu’il portait depuis la naissance, que ses parents lui avaient donné. Peut-être que ce nom que j’ai oublié était toute son identité, et je l’ai privé de ça en même temps que je l’ai privé de sa vie. Parce qu’au final, je me souviendrai toujours de lui en tant que Bozo #1, le premier homme que j’ai tué. Il ne sera plus jamais personne. Il sera juste une couleur. Rouge. Du rouge de partout. C’est fascinant, parce que c’est horrible et beau à la fois.

On me tire par le bras. C’est Bosco. « Ty, on s’en va. » Je le suis, mais partout où l’on va, il y a ce rouge qui me poursuit. Je le vois dès que mes yeux sont fermés, à chaque fois qu’ils sont ouverts. Et je ne comprends pas. J’ai eu ma dose de sang versé, j’ai vu des milliers de blessures, des plaies à n’en plus finir. J’ai vu assez de derniers souffles pour être aseptisé. Pourquoi est-ce différent, sous prétexte que c’est moi qui l’ai versé ? Je m’arrête devant la voiture, mais je ne monte pas. Je sens mes sourcils froncés, parce que je ne comprends pas.

« Il sortait son arme. »
Je dis à Bosco. Je ne sais pas pourquoi j’ai besoin de le dire. Je ne sais pas pourquoi ma voix tremble. « Je sais » me répond-t-il, « tu as bien fait.» Il ne monte pas dans la voiture non plus, il pose ses mains sur mes épaules. « Ne pleure pas, Fils. Tu as été admirable. » Je pleure ? « Pourquoi je pleure ? » Je touche mes joues. Il a raison, elles sont mouillées. « Parce que tu es en état de choc. Ca passera. »  Ca ne me parait pas vrai. Je n’ai pas l’impression d’être en état de choc. J’ai l’impression d’avoir toutes mes facultés mentales décuplées. J’ai l’impression que tout va plus vite que mon corps, comme si je voyais tout au ralenti. J’ai le temps de tout voir, de tout comprendre. « Je crois que je vais vomir. » Et à peine je finis ma phrase, que je le fais. Je vomis tout. Toutes ces émotions impossibles à reconnaitre qui rendaient mon ventre plus lourd. Je vomis la vision de ce sang qui sera à jamais sur mes mains. Peut-être même sur ma conscience. Et quand je suis enfin vidé, un besoin intense se met à me vriller l’estomac. Je dois savoir, je ne sais pas pourquoi. « Comment il s’appelait ? »
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