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» shit × sam & sisters «

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MessageSujet: » shit × sam & sisters « Jeu 14 Juin - 0:24


Sasha est adorable. Elle presse mon épaule, l’air de rien, en passant avant de retourner s’asseoir à ma droite. « Comment tu te sens ? » Il me faut un synonyme d'étron. « Comme une mouscaille. Humide. Avec des fuites. » Le genre qu’on retrouve en rentrant du travail, en plein milieu du salon, fraiche sur le plancher.  « Bah bon appétit à toi aussi. » Sherly a l’air de reconsidérer le contenu de son assiette. Mais je trouve pas meilleure métaphore. J’ai tout d’une bouse qui serait, comme ça, posée encore chaude. Trop près des meubles. « Une mouscaille qui reste à la vue de tous et qu’on essaie d’ignorer jusqu’à ce qu’on se demande, quand même, comment est-ce qu’elle est arrivée là ? » Est-ce qu’elle a été pondue par les saints anus aux cacas immaculés ? Et puis on a rien avalé de bien consistant depuis un bail,  alors de quoi elle est constituée, d’abord ? Faudrait la piquer avec un bâton pour être sûr mais qu’est-ce qui nous garantit qu’elle est pas juste endormie et qu’elle risque pas de bondir pour tâcher tout l’appart et y poser partout le souvenir de son passage indélébile ?  « Sam, personne n’ignorerait une merde au milieu de son salon. » Peut-être, Lili. « Mais dans une salle de classe, si. » J’ai encore l’odeur dans le nez. Sasha arrête tout pour me regarder avec attention, comme si ma phrase cachait un sous-entendu qui alertait toutes ses urgences. « Tu voudrais bien élaborer ? » Elle va pas être déçue. Venez les filles, entrez dans mon flashback. « Tout à l’heure, je faisais classe et on a entendu des cris dans la salle des maternelles. » J’entends Sherly qui repose sa fourchette. « Non merci. » Je lui fais pas dire. « J’ai dit à mes élèves d’attendre là avec la vieille technique de “Dwayne c’est toi qui garde la classe.” parce que Dwayne – » « Est trop cool, oui. » « Voilà. Et moi, chevaleresque n’est-ce pas, je suis allé voir ce qu’il se passait à côté. Quand j’ai ouvert la porte de la jeune prof remplaçante, les filles: le chaos. » Sherly rit toute seule « The darkest timeline. ». Je tapote sa main sans comprendre. « Des enfants collés aux fenêtres, des enfants sur les meubles, des enfants qui s’agrippaient les uns les autres, des enfants qui couraient de partout et la prof debout sur son bureau avec un balais à la main. Elle criait “Qui a fait ça, qui a fait ça ?” en pointant quelque chose du doigt. » Le rire de Lina résonne jusque dans ma propre poitrine. « Le plus beau métier du monde. » Heureusement. « Et elle repoussait des enfants avec son balais, ceux qui pleuraient si vous pouvez le croire. On aurait dit qu’ils étaient infestés. » Sherly va sûrement parler de zombies alors j’enquille. « J’ai fini par me faire remarquer et à force de les cuisiner j’apprends que l’un d’entre eux avait posé une pèche en plein milieu de la salle, sans que personne ne sache dire qui ni quand. Alors les enfants l’enjambaient, ils la contournaient sans s’en occuper jusqu’à ce que l’un deux glisse dessus. Il s’est sali, il en avait partout et il s’est dit que ce serait marrant de jouer au "loup marron" et il a commencé à poursuivre ses petits copains à travers la classe. » Lina se bidonne. Sasha dit : « Oh, non. » avec une main qui cache son rire et Sherly tente : « Dites y a qu’à moi que ça coupe la faim ou pas ? ». Maintenant qu’elle le dit, je n’ai pas encore touché à mes couverts. Ça n’a rien à voir avec la superbe enquête du caca mystère c’est vrai, mais pas certain que ça aide. « On dirait une pub pour la contraception. » Lili se tient les côtes en riant. « Mais pas pour les carrières dans l’éducation. » Je suis sûr que ça ne m’aurait pas dégonflé si j’avais été prévenu par la télé que ce genre de choses arrivaient dans les écoles. Je l’aurais sûrement pris pour un beau défi ; je me serais probablement dit qu’il aurait suffi de plus patiemment leur expliquer les consignes. « Comment ça s’est terminé ? » J’aimerais avoir la nonchalance de hocher les épaules, ou emprunter une seule seconde le flegme douloureux de Ben quand je réponds « Elle a démissionné. » et que ça me cause une peine sincère que je ne cache pas à mes sœurs. Je me demande si ces gamins auront un jour l’enseignant qu’ils méritent et toute l’attention dont ils ont besoin. C’est peut-être pas un quartier facile, mais c’est ce qui le rend si riche. C’est à leurs âges que tout commence, c’est le moment de leur montrer qu’ils comptent, qu’ils sont importants et qu’on les lâchera pas, quoi qu’ils fassent... même si c'est au milieu de la classe. « Une seconde elle était là et la suivante on m’a dit qu’elle ne reviendrait plus. ». Je n’en croyais pas mes oreilles. Même s’il était évident qu’elle n’était pas passionnée par son travail, j’étais persuadé que le contact avec ces enfants la ferait changer d’avis, qu’ils parviendraient à la séduire et à la faire chavirer comme une toupie lancée à toute vitesse dans le monde bouleversant de leur petite enfance. Mais rien n’aura suffi. « Comment est-ce qu’on peut tourner le dos à ces mômes comme ça ? Comment on peut s’en aller en les abandonnant à leur sort sans même qu’ils ne sachent pourquoi ? Ils vont croire qu’ils ont fait quelque chose de mal. Ils vont se dire que c’est leur faute, qu’ils auraient dû faire attention ou se repasser en boucle les images de ces dernières semaines en se demandant ce qu’ils ont raté, ce qu’ils auraient pu dire ou faire de différent. » J’ai pas les larmes aux yeux, c’est vous qui avez les larmes aux yeux.

J’ai envie d’écouter une chanson d’Adele. Non. J’ai envie d’aller à un concert d’Adele et d’y prendre le premier inconnu dans les bras en pleurant contre ses nichons qui ont poussé à cause des stéroïdes et son traitement contre le cancer des testicules. Pauvre Bob. C’est dégueulasse ce qui lui est arrivé, il était loyal comme tout. Mais ça protège de rien, la loyauté, surtout pas du mal.  N’empêche que ses câlins avaient l’air particulièrement bons. Pas comme ces petits pois trop verts et si ronds qu’on peut même pas les piquer avec la fourchette, tu peux pas les compter au fur et à mesure que tu les manges alors que c’est le seul intérêt d’en manger quand même. Absurdes ces histoires de petits pois. Sherly a même pas touché les siens, Sasha les déplace sans arrêt sans avoir de quel côté de l’assiette elle les préfère mais Lina et son appétit à l’épreuve de tout ont déjà l’air d’attendre la suite du repas. Les filles ont toutes perçu le changement dans l’atmosphère, cependant, et elles sont revenues, comme un boomerang, au sujet principal. Au plus évident. Ce qui est bien, c’est qu’on n’a pas besoin de prononcer son prénom. J’ai pas envie de l’entendre, elles ont pas envie de le dire. Lina est juste à deux doigts de me demander son numéro de sécurité sociale pour engager un assassin mais à part ça, tout va bien. « Est-ce qu’elle habite encore ici ? » demande Sherly en regardant autour d’elle. Il n’y a plus grandes traces d’elle dans l’appartement, elle a récupéré ses affaires quand j’étais à l’école et a laissé sa clé sur le meuble de l’entrée. Mais ça veut rien dire, on peut toujours partager la mienne. « Oui, je crois. ». J’ai l’impression d’être un intervenant incompétent chez Fox News, qui aurait pas bien bossé ses fiches avant de passer à l’antenne. Si on me pose des questions trop techniques, je m’évanouis. Et puis en plus ça fait de moi un crétin, réactionnaire et raciste. Beurk. Un républicain. Bah bravo maintenant faut que j’achète un flingue. Le bon côté, c’est que ça me prendra juste le temps d’aller jusqu’au premier supermarché. Ma Sherly a l’air sincèrement curieuse quand elle me demande « Pourquoi ? » et ne semble pas tant remettre mes mots en question que souhaiter comprendre comment fonctionnent ces histoires de "relations". « Parce que c’est chez elle aussi ? » Y a nos deux noms partout, maintenant. Notre boite aux lettres, la porte, la sonnette, les factures, un compte bancaire et le collier du chien de la voisine qui nous trouve plus joignables qu’elle quand il se fait la malle. Peut-être, Renée, peut-être que tu n’aurais pas dû prendre un animal pour commencer. « Huh huh. » intervient Lina pleine d’une attitude contrariée. « Ça a arrêté d’être chez elle le moment où elle t’a remplacé. » D’accord oui d’accord, mais est-ce qu’on peut en discuter quand même ? Parce que ça me fait penser que j’ai envie de changer de canapé mais ça veut pas dire qu’il sera plus chez lui chez moi, il me semble. Enfin il pourra toujours revenir me voir, tout de même. On va pas se séparer sans se dire au revoir. Ou alors se dire au revoir en se disant tous les deux qu’on sait très bien qu’on vient de se dire adieu mais que c’était trop lourd sur la langue, que ça sonnait trop fort dans nos cœurs alors on l’a troqué pour un mensonge qui empoisonne nos intentions et qui nous grignote les têtes tout le temps, comme ça. Tout le temps. « Attendez. Est-ce qu’elle a dit qu’elle te trompait ou qu’elle t’avait trompé ? » Et puis on est d’accord que mon canapé pourra revenir passer me voir à l’occasion, quand il sera dans le quartier, ce sera son excuse. "J’étais dans le coin." Et ça me fera plaisir de le revoir même si je remarquerai ses tous nouveaux coussins et le petit renfoncement dans son coude qui n’a pas changé et me rappelle cent souvenirs minute chaque fois que mes yeux y passent, et ils y passeront souvent. « Qu’est-ce que ça change ? » Puis je me dirais que quelqu’un d’autre s’occupe bien de lui, ça se voit, il a pas pris la poussière, il a pas été griffé nulle part. Pourquoi ça me soulage pas ? C’est pourtant une bonne chose, de savoir qu’on prend soin de lui, qu’il s’épanouit dans une vie sans moi et qu’il est passé à autre chose, loin de nos heures dans le jour, dans le noir et toutes les positions humainement concevables. Il le mérite. Sauf que, hé… et s’il le méritait pas ? N’importe quoi, ça ne tient pas, j’ai beau lancer l’idée de partout, elle accroche nulle part et au contraire, tous les murs contre lesquels elle bute s’animent pour la détruire : bien sûr qu’il le mérite, c’est le meilleur canapé de la Terre, il était parfait, il était plein de surprise et de vie mais attention, non, pas de mites, de la vie métaphorique. C’est simple, j’ai pas un seul mauvais souvenir avec lui. « L’ampleur de la faute, j’imagine. » Pourtant tout le monde a des moments moins sympathiques avec son canapé, non ? Ou au moins, disons, des moments bof, des moments moyens, médiocres, profondément "meh". Des moments Pepsi. Ni bons ni mauvais, pile entre les deux dans la dimension du « cette chose pourrait aussi bien ne pas exister » parce que j’ai beau savoir qu’elle est là, j’ai aucune idée de ce que cela procure en moi, puisque j’y suis totalement indifférent, que rien ne change dans ma vie. « Elle a choisi de te trahir Sam, c’est tout ce qui compte. » Ouais mon canapé et moi, ça n’a rien à voir. « Sam ? » Hein ? « Qu’est-ce qu’elle t’a dit exactement ? » Sasha est exquise. Elle a posé la main sur mon poignet en réussissant à me faire croire que, dans le geste, c’est moi qui la soutient. Et, tout à coup, l’idée de faire un petit plongeon dans la noirceur de ce songe ne me parait plus si terrible. J’ai ce contact qui me sert d’ancre pour ici, pour maintenant. Et puis comment se perdre sachant que j’aurai pour repère les cheveux de Sherly, visibles depuis les plus profonds abysses ? Allez j’ai pas peur. J’ai tellement pas peur qu’on m’appelle DJ Fearless Sam. Elle a dit, allez on inspire, c’était dans le restaurant, y avait du bruit et du monde partout autour et un espoir plus puissant que mon propre nom dans mes yeux qui se disaient qu’on se marierait bientôt puis elle a dit, j’ai pas peur, j’ai pas mal, j’ai pas du tout envie de vomir. De toute façon j’ai rien mangé, j’ai rien à vomir. Pas comme ce soir-là, vraiment elle aurait pu le dire plus tôt, je me serais peut-être senti un peu mieux quand elle a dit  « “Je couche avec quelqu’un d’autre”, je crois. » Il fait chaud, non ? Ou froid ? En tout cas, il fait quelque chose et ce qui est sûr, c’est qu’il faut que ça change. « “Je couche” ou “J’ai couché” ? » Peut-être qu’il fait tiède et que la tiédeur m’insupporte, autant que l’idée de vivre une relation trop ordinaire avec son canapé. Oui je pense que je mets le doigt sur quelque chose. Je vais même mettre deux doigts pour être sûr de pas perdre la page. Je pourrais la corner mais je ne suis pas une bête. « Mais quelle différence ? » Il fait quand même plus chaud que froid, je décide. J’ai comme un équateur qui me coupe en deux, avec une saison différente pour chaque membre. Y a les tropiques dans ma gorge et le désert dans mon ventre, c’est vraiment de la daube cette mappemonde. « Sammy. » Sherly me rappelle à elles avec douceur. « Je ne sais plus. » je leur avoue parce que je ne suis pas sûr. Sasha caresse mon bras comme si elle n’y prêtait pas attention. « Où est-ce qu’elle est, en ce moment ? » Non j’ai pas la tête qui tourne. Bien sûr que non, le monde ne me parait pas immense. Engloutissant. Sombre et incertain comme peut l’être la nuit quand tout est un peu trop grave ou l’obscurité menaçante quand on ressent cette présence derrière notre épaule pendant qu’on subit un film d’horreur. Quand mes idées la cherchent, je ne vois qu’une silhouette, noire contre les ténèbres. Elle disparait. Ses contours s’amenuisent jusqu’à ce que tout l’absorbe. Tout sauf moi. « Je ne sais pas. » « Et ça te travaille. » Sasha me traduit à voix haute, ou peut-être finit-elle seulement la phrase que je n’ose pas dire moi-même. De toute façon elle le sait mieux que moi et Lina s’en inquiète. « Sam ? » Est-ce que Sasha a raison ? « Oui. » Je jure que Sherly prendrait des notes si elle ne se retenait pas. « Parce que tu penses qu’elle est avec l’autre ? » Disons que- « Parce qu’il pense qu’elle est toute seule. » Voilà. « Qu’est-ce que ça peut foutre ? »

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